Une « passe » pour un « essai » à « transformer » – Edito de Roland Fernet

Roland Fernet Directeur Général – KBL Richelieu Gestion

RFernet_9351-RDG

Aidés par les propos de M. Draghi, les marchés européens ont démarré le mois en fanfare, mais cette hausse a été interrompue tant par la faiblesse de la bourse de New York que par la publication d’indicateurs montrant que l’activité de la zone euro ne reprenait pas de hauteur, bien au contraire. Mais en dehors de toutes ces raisons évoquées, il est indéniable que les marchés ont souffert de l’absence d’investisseurs finaux et de sorties massives de capitaux des marchés actions. Sur le marché américain, les prises de profits se sont avérées plus logiques après les hausses et records successifs. D’autant plus logique qu’au fil des semaines, la fin de la politique ultra accommodante de la FED se rapprochait.

Mais au moment où la Réserve Fédérale met un terme, comme attendu, aux achats de dettes hypothécaires et dettes d’Etats, c’est la Banque du Japon qui prend le relais en augmentant de son côté son programme pour le porter à 724 milliards de dollars/an, soit 11 milliards de dollars de rachats d’actifs par mois. Timing idéal d’une passe de ballon qui permet d’essayer de marquer un essai qui demandera toutefois à être transformé. La concomitance des événements résulte plus des dernières publications économiques en provenance du Japon et quelque part, du constat d’échec des « Abenomics », que de la seule volonté de dire aux investisseurs qu’ils pourront disposer d’une liquidité toujours aussi abondante.

En effet, si l’inflation japonaise s’inscrit au dessus des 2 % encore en septembre, une part de la hausse des prix trouve encore sa source dans les effets retards de la hausse de T.V.A du mois d’avril. De plus, si le 1er Ministre avait appelé de ses vœux des hausses de salaires, la majorité des entreprises n’ont pas suivi ce souhait. Il était donc logique que la Banque du Japon poursuive son « Quantitative Easing ». Mais si nombre d’acteurs attendaient un nouveau geste, ils le situaient après le second relèvement de T.V.A en 2015.

Bien entendu, le bilan de la banque centrale japonaise va nettement augmenter, mais ce portage d’obligations est limité dans le temps puisque ces dettes s’éteindront à maturité. Il n’y a donc pas de problème majeur à charger le bilan d’une banque centrale….sauf à perdre sa crédibilité !

A cet environnement jugé des plus optimistes par les investisseurs, restent néanmoins trois bémols :

Le premier est que la transformation de ces décisions en une croissance durable de l’archipel ne peut pas reposer que sur des critères monétaristes. Le comportement des ménages, la démographie négative, les aspects sociaux culturels (y compris sur le travail des femmes) sont des freins à l’accélération.

Le second est que si les investisseurs adorent la liquidité qui permet de nourrir l’inflation des actifs (et cette décision est aussi favorable aux marchés obligataires souverains), nul ne peut ignorer que les hausses de valorisation de ces actifs ne peuvent se détacher durablement de leurs valeurs fondamentales. La cherté d’un marché peut se maintenir à la condition incontournable de la bonne tenue des bénéfices futurs.

Enfin, le troisième est que la pression sur les rendements obligataires réels impacte inévitablement le niveau de valorisation des retraites. En conséquence, cet aspect peut influencer négativement la consommation.

De plus, le surplus de compétitivité apporté par un Yen qui continue de se déprécier, peut aussi avoir des effets des plus néfastes sur les économies de ces voisins asiatiques qui ne peuvent jouer sur une dépréciation aussi forte de leurs devises, généralement corrélées au dollar. Il ne faut en rien ignorer les effets ravageurs des changes sur les équilibres économiques.

 

Crédits photo : Pexels