Un monde presque parfait

pascalbernachon-bdef

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pascal Bernachon, Directeur de la gestion, Richelieu investment Funds (RIF)

La lecture des indicateurs macroéconomiques est des plus favorables en ce début d’année, que ce soit aux Etats-Unis, au sein de la zone euro comme pour certains pays émergents. Tout ceci serait idyllique si la politique, les peurs, les résistances au changement, les choix d’une réponse protectionniste de certains venaient masquer la cruelle réalité des erreurs du passé et de la non adaptabilité des pays face à la nouvelle donne technologique.

Encore que nombre d’entre nous ne peuvent pas à ce jour comprendre et dessiner les contours de la puissance exponentielle de l’intelligence artificielle qui fera fonctionner les robots. Révolution technologique sans limite connue et révolution sociétale où nous serons bien obligés d’écrire le Droit, soit la responsabilité juridique et « morale » de ces robots. L’exemple de la voiture autonome en est une parfaite illustration.

Au milieu du siècle dernier, le premier ordinateur apparaissait mais qui aurait pu penser que le nouveau « Bull Sequana «  serait capable aujourd’hui de générer un milliard de milliards d’opérations par seconde ?

Nous entrons donc dans un monde dont on ne connait pas encore les limites mais la question essentielle est de savoir si nous nous sommes préparés à ce futur déjà omniprésent.

Nous avons déjà évoqué que la robotisation comme la digitalisation pouvaient dans un premier temps répondre aux actes les plus simples de la vie industrielle ou de la vie « intellectuelle » à faible valeur ajoutée. La rédaction d’actes juridiques simples peut être digitalisée, l’intervention humaine intervenant pour les actes plus complexes. Sur ce constat, le monde professionnel est immanquablement appelé à se partager entre des spécialistes de bon niveau et des emplois peu qualifiés, axés principalement vers les services, souvent moins bien rémunérés.

In fine, ces avancées technologiques remettent parfois en cause la position de l’homme dans son aspect philosophique, créant inéluctablement la peur, le rejet ou comme déjà évoqué, les réponses les plus accessibles (faciles). Ces avancées technologiques qui ne sont pas parfaitement appréhendées par le commun des mortels nous semblent une problématique réelle au sein de nos pays développés. Elle apparait moins omniprésente dans l’ensemble des pays émergents où la simple volonté de faire croître la classe moyenne est le moteur essentiel de certains gouvernants comme des populations.

C’est le paradoxe de pays développés en panne d’imagination, d’adaptabilité passée et présente, cherchant à sauvegarder une croissance parfois insuffisante face à de nombreux pays en quête d’accélération de leur PIB.

Nous ne pouvons nier l’ampleur des avancées technologiques au sein des pays développés. Elles sont sources d’une destruction non encore créatrice (cf Schumpeter), axée plus prioritairement vers la rentabilité immédiate que vers l’édification d’un nouveau modèle. Au contraire, au sein des pays émergents, ces avancées ne sont que l’arme d’une accélération de croissance pour effectuer le rattrapage, attirer des capitaux nouveaux dans le but de réduire le fossé qui les sépare encore de notre niveau de vie.

Et indépendamment du Japon où M. Abe tente inlassablement de réformer le pays, de l’Espagne qui relève la tête au prix de mesures drastiques mises en place au lendemain de la crise, c’est bien au sein des pays émergents que la transformation est en marche à l’image  de l’Argentine, de la Colombie ou des réformes fiscales au Brésil.

Oserions-nous dire que certains subissent quand d’autres veulent prendre leur destin en main ?

Reprenant le titre de notre dernier « Regard », c’est bien le scepticisme qui domine alors que l’environnement économique est presque parfait.

L’analyse économique nous démontre donc que nous sommes actuellement dans un « Monde presque parfait »  mais sans la résolution des problèmes structurels, personne n’est à même de prédire pour combien de temps cet environnement restera porteur.

Réformes, dettes , politiques des banques centrales, niveau de qualification des salariés et montée en puissance de l’intelligence artificielle restent des problématiques à traiter.