Rendre sa grandeur à l’Amérique ?

Après la surprise créée par le Brexit, les électeurs américains vont-ils provoquer un choc encore plus retentissant en élisant Donald Trump ? Si c’était le cas, quelles seraient les conséquences de sa présidence sur les perspectives de croissance à l’échelle mondiale ?

Comme en témoigne le résultat du référendum sur le Brexit, l’investisseur bien préparé doit envisager divers scénarios et examiner les conséquences éventuelles de chacun d’entre eux, même des plus vraisemblablement improbables, comme par exemple l’élection de Donald Trump.

Il est extrêmement difficile de prévoir l’impact économique d’une possible présidence de Trump, d’autant que les positions qu’il défend évoluent au quotidien. De même, rien ne garantit que le Congrès serait disposé à valider lesdites positions.

Cela étant, les principaux éléments de la plateforme économique de Trump comprennent de fortes réductions d’impôts (se traduisant par une baisse des recettes estimée à environ 9 500 milliards USD sur 10 ans), des augmentations des dépenses militaires, sans coupe dans les budgets de l’assurance-maladie (Medicare) ou de la sécurité sociale.

Il propose également la déportation (volontaire ou forcée) de près de 11 millions d’immigrants sans papiers et des droits de douane élevés sur les marchandises importées de Chine et sur les produits importés de toute société américaine ayant délocalisé sa main-d’oeuvre à l’étranger.

En supposant que toutes ces mesures soient mises en oeuvre, l’effet immédiat serait stimulant : l’économie intérieure serait dopée par la hausse des dépenses publiques et par l’augmentation des salaires versés par les employeurs se faisant concurrence pour remplacer la main-d’oeuvre immigrée moins chère.

Mais cet effet positif ne durerait pas longtemps dans la mesure où les droits de douane punitifs et la hausse des coûts de la main-d’oeuvre seraient répercutés sur les consommateurs sous la forme d’une hausse des prix.

Des droits de douane pourraient également être imposés à titre de rétorsion, ce qui pèserait sur la rentabilité des entreprises et, vraisemblablement, sur l’activité de recrutement.

À plus long terme, les États- Unis connaîtraient une hausse de l’inflation liée à l’augmentation des coûts, des salaires et des emprunts contractés par l’État pour financer un déficit annuel supplémentaire d’un milliard de dollars. Ce qui, en retour, contraindrait la Réserve fédérale à relever les taux d’intérêt pour lutter contre l’inflation, entraînant une baisse de l’emploi, voire une récession intérieure.

Une analyse effectuée par Moody’s Analytics aboutit aux conclusions suivantes pour les États-Unis :

• Le chômage passerait de 5,5 à 7 % (soit une perte de 3,4 millions d’emplois)

• L’inflation passerait de 1 à 4,2 % (contraignant la Fed à relever les taux d’intérêt)

• La dette publique passerait d’environ 75 % du PIB à plus de 130 %

• Les taux des bons du Trésor à 10 ans passeraient de 2,4 à 6,7 %

Les partisans de Trump rejettent cette analyse et insistent sur l’effet de stimulation provoqué par les réductions d’impôts. Mais l’histoire montre que les réductions d’impôts sont loin d’être un remède souverain.

Il semble assez probable que Trump annulerait de manière unilatérale de nombreux traités commerciaux importants, et il n’est pas difficile d’imaginer un tel Président imposant, par excès d’humeur, des droits de douane ou d’autres mesures de rétorsion à un pays qui l’aurait contrarié.

La possibilité d’une guerre commerciale internationale ne peut donc pas être écartée, ce qui entraînerait une hausse des coûts pour les consommateurs à l’échelle mondiale et l’entrée en récession de nombreux pays.

Au final, nul ne sait réellement comment ce candidat prési-dentiel, le plus insolite de l’histoire des États-Unis parmi les candidats des grands partis, mènerait sa politique. Mais il ne fait aucun doute que la plateforme économique qu’il a adoptée jusqu’ici serait extrêmement néfaste pour les États-Unis et le reste du monde.

Article rédigé par KBL epb