Pouvoir absolu contre Démocratie absolue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pascal Bernachon, Directeur de la gestion, KBL Richelieu Gestion

Ce mois d’octobre aura mis en avant deux oppositions entre la mainmise d’un homme sur un pays, la Chine, et les explications des vertus de la démocratie par les indépendantistes Catalans.

Une fois de plus, nous n’avons pas la rétention de vouloir rentrer dans un débat à connotation politique, et si nous effleurons inévitablement l’analyse des concepts, c’est bien plus les répercussions ou réflexions économiques qui nous animent dans ce monde merveilleux auquel nous appartenons.

Monde merveilleux ne sous-entend en rien l’équilibre parfait, la beauté idéalisée ou la magnificence à la portée de tous mais bien plus le questionnement permanent qu’il nous impose, ses bouleversements, ses déséquilibres permanents, sa recomposition géopolitique…autant de questionnements qui attisent la réflexion sans prétendre en avoir la maîtrise ou les réponses.

Sans surprise, Xi Jinping a été réélu à la tête du parti communiste chinois et s’assure ainsi un nouveau mandat de 5 ans à la tête de l’Etat. Mandat qui lui donne des pouvoirs renforcés avec le culte de la personnalité poussé à l’extrême puisqu’il rejoint Mao Tse Tong comme la référence dans la charte du parti communiste chinois. Est donc inscrite la «Pensée Xi Jinping » du socialisme à la chinoise de la nouvelle ère» dans les statuts du parti comprenant plus de 89 millions de membres.

Dans son discours lors du congrès, le Président a précisé que la Chine doit être un pays socialiste mû par l’innovation et disposant des bases de la modernité d’ici 2035 et qu’il doit devenir une puissance socialiste moderne et influente sur la scène mondiale d’ici 2050. Pour ce faire, il compte :

introduire plus de mécanismes de marché dans le régime de change et le système financier, et plus généralement, laisser le marché jouer un rôle décisif dans l’allocation des ressources, afin d’améliorer l’efficacité de l’économie et d’amener celle-ci sur un sentier de croissance moins soutenu, mais soutenable et de meilleure qualité ;

– poursuivre les réformes visant à améliorer l’offre ou autrement dit, les mesures visant à réduire les surcapacités de production, l’endettement des entreprises ou encore les appartements vacants dans l’immobilier résidentiel;

– ouvrir plus largement l’économie, notamment le secteur des services, aux investisseurs étrangers, et assurer à ces derniers une équité de traitement;

– éliminer les pratiques faussant le jeu de la concurrence, afin notamment de favoriser le développement du secteur privé;

– renforcer, améliorer et promouvoir l’expansion des entreprises publiques, éventuellement en ouvrant leur capital au secteur privé, afin d’en faire des champions internationaux.

 L’autre point d’intérêt de ce congrès réside dans le non-remplacement des 5 autres membres du bureau politique qui, par leur âge avancé, ne pourront normalement pas siéger au terme de ce nouveau mandat. Ceci traduit le fait que Xi Jinping n’a pas préparé sa succession et qu’il existe une forte probabilité qu’il compte exercer le pouvoir au-delà des 10 années, même après 68 ans.

Si certains jugent que la croissance de l’économie chinoise est logiquement appelée à diminuer en intensité comme nous le verrons dans le chapitre consacré à ce pays, nous nous permettons de reprendre nos écrits anciens où nous expliquions que l’objectif premier des dirigeants chinois était de poursuivre la voie de la prospérité afin de s’assurer qu’un nouveau Tian’anmen ne se reproduise pas et laisser espérer à chaque chinois que son niveau de vie ne peut que s’améliorer.

Loin de nous l’idée de croire donc à une démocratie en Chine, emprisonnement de contestataires, fermetures ou contrôles de certains réseaux sociaux sont autant de déni de démocratie. Mais jusqu’à ce jour, nous avons la représentation d’un pouvoir absolu qui est aussi au service de la prospérité et de l’éveil d’un pays où la classe moyenne a suivi une ascension fulgurante.

Au cours du même mois, l’épisode Catalan a montré la volonté d’indépendance d’une partie de la population s’appuyant sur un référendum dont la représentativité peut sembler contestable. Carles Puigdemont, Président de la région, vocifère sur le non-respect du choix démocratique et a obligé l’état espagnol à user de l’article 155 de la Constitution avec des élections anticipées en décembre. Laquelle démocratie espagnole lui a octroyé l’autonomie.

Loin de nous, aussi, l’idée de contester la richesse de la culture catalane et la nécessité de sauvegarder celle-ci et ses traditions comme toute autre culture minoritaire. Elle sont les racines qui déterminent en partie les hommes, leur font appréhender l’histoire d’un peuple et parfois le devoir de mémoire.

Ceci n’est en rien contradictoire avec la capacité d’intégration et le respect du savoir vivre ensemble et qui impliquent de se plier aux droits et coutumes du pays hôte.

Mais il semble bien que Barcelone joue avec sa notion de démocratie comme moteur de son indépendance, sans justifier à ses adeptes les répercussions économiques que générerait une telle  sécession.

Notons, du reste, que cet exemple catalan nourrit d’autant plus les velléités d’autonomie des régions riches italiennes.

La sortie de la Catalogne de la zone euro serait définitive puisque son désir éventuel de revenir membre de cette zone ne peut être accepté qu’à l’unanimité des membres et gageons que l’Espagne y mettra un véto durable.

Si paradoxalement, nous considérons que la globalisation mondiale nécessite des Etats forts économiquement, ouverts aux nouveaux challenges économiques et technologiques, un éditorial du Figaro laissait entendre que cette globalisation qui facilite les échanges mondiaux ouvrait bien au contraire les velléités d’indépendance des régions qui considèrent être à même de commercer seules avec le globe.

Ceci peut s’expliquer empiriquement mais nécessite inévitablement d’avoir des entreprises régionales incontournables par leur offre produits et peut s’opposer à la nécessité d’entreprises globales couvrant l’ensemble des consommateurs mondiaux.

La fuite de nombre de sociétés déplaçant leur siège hors de Catalogne semble en être un exemple probant.

Au pire de la crise de 2008, provoquée en grande partie par un libéralisme outrancier (appelé ultra libéralisme), nous avions rappelé cette phrase de W. Churchill qui le citait comme n’étant certes pas le meilleur système mais certainement pas le plus mauvais. Il disait aussi « Democracy is the worst form of Government except all those other forms that have been tried from time to time” (La démocratie est le pire système de gouvernement, à l’exception de tous les autres qui ont pu être expérimentés dans l’histoire.)

La démocratie est un droit de vote dont de nombreux citoyens du monde rêveraient de disposer mais force est de constater que son usage, comme son devoir, ne sont pas toujours exercés.

L’Insee a calculé que lors des dernières élections françaises, un électeur sur trois aurait participé aux deux tours des dernières présidentielles françaises.

Nous terminerons en rappelant que le laxisme du libéralisme avant 2008 a nécessité un excès de règlementation qui s’impose encore cette année. Excès parfois justifié par les égarements de certains, mais qui est déjà remis en cause Outre-Atlantique où les banques américaines sont en première ligne.

Entre Pouvoir absolu et Démocratie absolue se glissent la connaissance, le progrès, l’éducation qui participent à l’essor économique d’une nation.