Point sur les taux longs

Article de Pascal Bernachon, directeur de la gestion, KBL Richelieu Gestion à propos des taux longs. 

Au cours du mois, sous l’influence des anticipations d’une inflation plus affirmée et avec le creusement inévitable des déficits américains, l’emprunt d’Etat à 10 ans US est allé franchir le niveau des 3%. Le 10 ans est ainsi passé de 2.74% à 2.95% en touchant un point haut à 3.03%, un niveau qu’il n’avait pas connu depuis janvier 2014.

Ce taux de 3% dépassé au cours du mois a pesé négativement sur les marchés actions, les investisseurs jugeant le risque de voir la dégradation se poursuivre jusqu’à 3.30% dans un premier temps et faisant resurgir les craintes sur le niveau d’endettement et la charge de la dette alors que le déficit américain est appelé inexorablement à se creuser.

Actuellement, le maintien d’une liquidité mondiale en croissance et l’abondance d’épargne particulièrement en Chine, la zone euro et Japon limitent la dégradation des taux longs mais la réduction du bilan de la FED devient un facteur de soutien en moins. En fin de mois, la publication d’un PIB américain un peu en dessous des attentes et le discours de la FED ont permis aux taux de se détendre légèrement.

Au cours des deux premiers mois de l’année, les étrangers ont financé 30% du déficit américain de cette année, ce qui constitue un bon signe compte tenu du déficit prévisionnel supérieur à 1.000 milliards qui nécessitera la participation des investisseurs étrangers pour assurer l’équilibre des marchés. La Chine est revenue à l’achat sur la dette américaine et reste l’un des principaux créanciers des États-Unis devant le Japon.

Dans la dégradation du 10 ans américain, le Bund allemand s’est naturellement détérioré mais dans une bien moindre proportion.

Si les crédits Corporate sont plus sensibles aux évolutions de cours de leurs sous-jacents (exemple de Sodexo et B.A.T.), les émissions ont été, le mois dernier, trois fois plus fortes que celles d’avril 2017 sur l’Investment grade et près de deux fois sur le High Yield. Les spreads de dette Corporate ont en outre enregistré un mouvement généralisé de resserrement au cours du mois écoulé.

Les anticipations de politique monétaire restent un facteur de soutien des taux courts, les rendements américains à deux ans atteignent 2,5%. Depuis 2008, jamais l’écart entre taux à deux ans et à dix ans n’a été aussi resserré. Une inversion de la courbe entre le 2 ans et le 10 ans est généralement interprétée comme annonciatrice d’une récession mais nous n’abondons pas dans cette direction pour l’année à venir, à la fois par le caractère disruptif de ce cycle de croissance et bien entendu par la conviction que les banquiers centraux veillent à limiter la progression des taux longs.

Sans grande catastrophe, nous avons eu quelques prises de profits sur les marchés High Yield en raison des craintes commerciales nées des Etats-Unis et donc de flux sortants légèrement en hausse sur la période.