Point sur les taux courts


Pascal Bernachon, Directeur de la gestion, KBL Richelieu Gestion

La B.C.E n’a pas apporté de surprise et son discours a été bien reçu. Comme anticipé, elle a annoncé la réduction de son programme d’achats dans le cadre du Quantitative Easing avec à compter du 1er janvier, des achats mensuels de 30 milliards par mois contre 60 mds actuellement mais elle l’étend jusqu’en septembre 2018 et se réserve même de le poursuivre au-delà si des chocs négatifs survenaient.

Il est logique d’avoir cette réduction d’autant que le gisement d’emprunts se raréfie particulièrement sur la dette allemande. Cette décision va à l’encontre des orthodoxes de la Bundesbank mais apparaît nécessaire non pas pour les pays Core mais en soutien des périphériques, elle permettra d’éviter un écartement des spreads (écarts de taux) trop néfaste par rapport au Bund allemand. Autre information communiquée, la B.C.E, à l’inverse de sa consœur américaine, n’envisage en rien la réduction de son bilan et réinvestira les tombées d’emprunts au fur et à mesure.

Au niveau de la FED, M. Trump a officialisé, dès les premiers jours de novembre, le successeur de Mme J. Yellen dont le mandat se terminera en février prochain. Dans la liste des candidats potentiels, c’est donc le républicain modéré, M. Powell qui va devoir recevoir l’approbation du Congrès à majorité républicaine. Il ne devrait pas remettre en cause l’orientation de la politique monétaire américaine, ayant longtemps travaillé main dans la main avec Janet Yellen. La Fed devrait donc continuer de normaliser sa politique sans rupture, à la fois via plusieurs hausses des taux directeurs en 2018 et la poursuite de la baisse de la taille de son bilan. La probabilité d’une dernière hausse pour l’année en cours est désormais de 85% après le discours plus confiant lors de la dernière réunion de la Banque centrale où les propos étaient plus affirmés sur la reprise économique et ses fondements.

Dès les premiers jours de novembre, la banque d’Angleterre a décidé par 7 membres contre deux de relever son taux d’intervention de 25 centimes pour le porter à 0.5%. Première hausse depuis 10 ans, elle n’a pas modifié son programme de rachats d’actifs et n’a donc pas impacté négativement les taux longs par cette décision. Cette hausse était attendue par la majorité des investisseurs se justifie selon le Gouverneur par le fait que l’inflation ne retrouvera pas le niveau « normalisé » de 2% dans les mois à venir. Pour autant, l’analyse qui ressort des commentaires de la Banque Centrale laisse entendre que ce mouvement pourrait ne pas en appeler d’autres au regard des risques conjoncturels, la £ivre sterling a baissé de 1.74% contre euro sur cette action.

Le comité de politique monétaire de la Banque du Japon a voté pour un maintien de l’objectif de rendement des obligations souveraines japonaises à dix ans autour de zéro et d’un taux d’intérêt à court terme à -0,1%. La banque centrale a également maintenu son engagement à racheter pour 80.000 milliards de yens (près de 608 milliards d’euros) d’emprunts d’Etat par an. Elle a revu ses prévisions d’inflation à +0.8%/an contre 1.1%/an précédemment. Au regard de ses achats sur le marché de taux face aux émissions, le maintien des taux longs dans son objectif tel que défini ci-dessus ne pose pas de problème. (cf graphe)

La Banque centrale du Brésil a de nouveau réduit son taux directeur (Selic) de 75 points de base à 7,5%, alors qu’elle avait abaissé ce taux de 100 pb à quatre reprises lors de ses dernières réunions. Cette décision augure d’une approche désormais plus prudente de l’institution monétaire en raison d’une accélération attendue de l’inflation et d’une reprise de la croissance dans le pays.

En Scandinavie, la banque centrale suédoise Riksbank et la norvégienne Norges Bank, ont annoncé le maintien de leur politique monétaire accommodante. La Riksbank a laissé la porte ouverte à une extension de son propre programme d’achat d’actifs, actuellement prévu pour durer jusqu’en décembre, et a réitéré son intention d’attendre jusqu’à la mi-2018 pour relever son taux directeur, maintenu jeudi à -0,5%. Elle a aussi répété sa capacité d’intervention sur le marché des changes pour agir sur sa monnaie et contrer la hausse.