Point sur les devises

Commentaire de Pascal Bernachon, stratégiste KBL Richelieu

SONY DSC

 

 

 

 

 

Si la banque du Japon a justifié son mouvement baissier sur les taux par une inflation trop basse et une économie insuffisamment vigoureuse, nul ne peut ignorer que l’appréciation du Yen comme devise refuge a été un facteur déterminant de son action. Sans l’avouer franchement, la Banque du Japon comme la B.C.E restent attentives aux évolutions de leurs devises et les décisions de politique monétaire s’attachent aussi à influencer le taux de change.

Il nous paraît évident que toute forte appréciation du dollar compliquerait la tâche de la FED dans son objectif de remontée des taux. L’euro/dollar a du reste peu varié, coincé dans une fourchette de variation de 1.0711 à 1.0985 depuis le début de l’année. Les sorties de capitaux des pays émergents n’ont donc pas provoqué une réappréciation de la devise américaine. Ceci peut aussi traduire les hésitations des investisseurs quant à la fréquence de remontée des taux de la FED et son amplitude. Appliquer des taux négatifs pour la banque centrale consiste certes à agir sur les perspectives d’inflation via la hausse des prix des importations mais la baisse de la devise implique aussi un gain de compétitivité. Les devises émergentes et particulièrement des pays producteurs de matières premières suivent l’évolution des cours de ces mêmes matières premières. Le rebond des cours de l’or noir a ainsi permis d’assister à un léger et transitoire rebond du Rouble russe comme du Réal brésilien mais ceux-ci restent peu éloignés de leurs points bas. La grande interrogation des investisseurs reste la politique des changes chinoise où certains envisagent une poursuite de la dévaluation du Yuan.

Nous pensons que les autorités chercheront à limiter cette dépréciation car donner l’impression de ne pas pouvoir la contrôler amplifierait nettement la défiance des investisseurs et ne tarirait en rien la sortie des capitaux des non-résidents.

De plus, la volonté de maintenir la consommation sur un trend de croissance positif implique que les prix des importations ne doivent pas se surenchérir régulièrement. Mais il est fort probable que l’absence de transparence dans la communication des autorités maintiendra encore quelques temps des pressions baissières sur le Yuan.

Capture d’écran 2016-02-05 à 16.16.52

Capture d’écran 2016-02-05 à 16.17.05

Nous poursuivons donc l’éternelle guerre des changes où la variable devise est l’arme de compétitivité. Mais cette action induit aussi le risque de déflation importée dans le cas de la Chine et du Japon vers les USA et les pays de la zone euro. Ceci influencera inévitablement les politiques monétaires de ces pays dans une course, parfois jugée sans limite.