[Perspectives mondiales d’investissement pour 2017] Le monde en 2017

Les raisons de penser que l’expansion de l’économie mondiale se poursuivra en 2017 sont nombreuses. Mais les raisons de craindre que la croissance mondiale s’essoufflera le sont tout autant. Regard sur les principaux risques et les principales opportunités.

L’économie mondiale se trouve à un tournant. Bien qu’une légère amélioration ait été observée récemment, l’année 2017 marquera le début soit d’un ralentissement, soit d’une légère accélération. Compte tenu de la reprise des secteurs de l’industrie et de l’énergie, de la hausse des dépenses de consommation et du recul de l’austérité, nous penchons plutôt pour la deuxième option.

La croissance mondiale s’élève à un peu plus de 3 % depuis 2012, bien en deçà des moyennes historiques. Les raisons qui étayent cette atonie persistante ne sont pas difficiles à comprendre : une population vieillissante et en régression au sein des marchés développés, à laquelle s’ajoute une faible croissance de la productivité.

Les taux de croissance modestes affichés en Europe et auxÉtats-Unis sont une maigre consolation, comme en témoignent les récentes tendances électorales dans ces régions. De fait, l’état de frustration généralisée vis-à-vis de la situation économique mondiale s’est traduit par l’émergence de nombreux boucs émissaires. Tout d’abord les banques, puis les gouvernements et les entreprises riches en liquidités, et à présent les banques centrales et les décideurs politiques.

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Bien que les banques centrales aient établi un cadre pour favoriser le développement économique, l’efficacité de ces politiques monétaires s’est amenuisée après plusieurs années de taux d’intérêt proches de zéro, voire négatifs.

De Washington à Francfort, les banquiers centraux sont pointés du doigt pour avoir mis en œuvre des taux de dépôt négatifs qui pénalisent les épargnants. Pourtant, dans la mesure où les rendements diminuent depuis 30 ans, les autorités monétaires ne devraient pas endosser l’entière responsabilité de l’état actuel des choses, y compris de la nécessité de faire fonctionner la planche à billets.

Plus généralement, l’anémie de la croissance a provoqué une réaction brutale contre les forces de la mondialisation, y compris les politiques actuelles en matière de commerce et d’immigration. Au sein des marchés développés, l’inégalité des revenus est un sujet brûlant, poussant les électeurs de la région américaine sinistrée des industries lourdes à voter en faveur de Donald Trump et le cœur industriel en déclin du Royaume-Uni à plébisciter le Brexit.

Dans les prochains mois, alors que les électeurs de plusieurs pays européens sont appelés aux urnes, nous verrons à quel point les forces du populisme politique sont réellement devenues puissantes. Dans la mesure où les conséquences négatives potentielles du Brexit et de l’élection de M. Trump sur l’économie ne se feront pas sentir immédiatement, les électeurs pourraient être tentés eux aussi de rejeter la situation actuelle.

Au sein des marchés émergents, tout cela est bien en- tendu perçu très différemment : les taux de croissance sont plus élevés, la situation démographique est meilleure dans la plupart des pays et les revenus des classes moyennes progressent dans l’ensemble.

Parallèlement, la révolution numérique, qui est à l’origine du phénomène de déplacement dans les marchés développés et qui a fortement contribué à l’essor du monde en développement, continue d’étayer la montée du populisme, notamment à mesure que l’innovation alimente les tendances à l’externalisation à l’échelle mondiale.

Depuis de nombreuses années, l’augmentation des échanges commerciaux à travers le monde se traduit par une hausse des investissements étrangers, une plus grande mobilité de la main-d’œuvre et des niveaux de croissance globalement plus élevés à l’échelle mondiale. Toutefois, les avantages n’ont pas été aussi visibles ces dernières années : les économies nationales étant parvenues à maturité, les taux de croissance ont été moins spectaculaires.

Aujourd’hui, les perspectives qu’offrent les technologies numériques (y compris la robotique) laissent entrevoir de nouvelles destructions d’emplois, voire d’industries. En effet, la numérisation anticipée du secteur tertiaire aura des conséquences très vastes. De même, l’innovation, comme l’impression en 3D, aura des conséquences comparables pour le fret et les industries manufacturières.

La montée du commerce électronique et de l’« économie du partage » a rendu beaucoup plus difficile la fixation d’un prix pour la production économique. À mesure que l’économie mondiale évolue, les outils de mesure du PIB (et de la productivité) doivent suivre le rythme de cette évolution.

Au final, les forces concurrentes de la numérisation et de l’antimondialisation en découdront sur le marché – et dans les couloirs de l’État. À ce moment clé de l’histoire, alors que la dette mondiale s’élève à 225 % du PIB, les perspectives économiques mondiales sont fragiles et les risques abondent.

Globalement, nous anticipons néanmoins une croissance modérée et une hausse progressive de l’inflation. On relève déjà certaines opportunités spécifiques qui confortent cette opinion.

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 Si M. Trump se révèle moins idéologue que pragmatique et ne refonde pas radicalement les accords commerciaux existants, la croissance mondiale profitera de la baisse des impôts et de la hausse des dépenses d’infrastructures, au moins sur le court terme, en particulier si d’autres pays décident de prendre des mesures de croissance analogues.

Les principaux fondamentaux ont eux aussi commencé à s’améliorer. Bien que les ni- veaux d’endettement soient inquiétants, la moyenne est nettement inférieure à celle de 2008. D’autre part, la dette d’aujourd’hui n’est plus liée à d’autres valeurs mobilières comme c’était le cas à l’époque de Lehman Brothers.

Parallèlement, bien que les investissements aient également diminué ces dernières années, les capacités de production inutilisées ont fondu et les perspectives du secteur de l’énergie se sont embellies, laissant entrevoir une reprise des investissements.

Les prix du pétrole sont désormais nettement supérieurs aux niveaux planchers atteints récemment, les salaires augmentent, l’offre et la demande ont trouvé un meilleur équilibre, la confiance des ménages s’est améliorée et les pouvoirs publics sont davantage enclins à dépenser.

En conséquence, le soutien apporté par la politique monétaire devrait atteindre son apogée en 2018 et la réduction progressive du programme d’assouplissement quantitatif devrait être engagée en Europe en 2017, entraînant une baisse du sou- tien aux marchés financiers.

La recapitalisation prévue des banques, en particulier, changera la donne. Les études suggèrent qu’une augmentation des fonds propres des banques européennes permettra d’améliorer la situation économique mondiale grâce au regain de confiance et à la hausse des prêts bancaires qu’elle induit.

Malgré le modeste taux de croissance mondiale anticipé, d’autres scénarios sont envisageables pour 2017 : une hausse encore plus marquée du taux d’expansion grâce à des initiatives de croissance réussies ou, au contraire, le début d’une récession.

Bien que nous n’anticipions pas ce dernier scénario, un ralentissement marqué pour- rait être suscité par les événements suivants : surprises politiques menaçant l’avenir de la zone euro, atterrissage brutal de la dette chinoise, changements dans les réserves d’investissements étrangers, très forte variation des prix du pétrole, manque de contrôle des banques centrales et poli- tiques incongrues du gouvernement Trump.

Alors que l’économie mondiale se trouve à un tournant, de tels risques pourraient fortement compromettre les perspectives de croissance actuelles.

Analyse issue des « Perspectives mondiales d’investissement pour 2017″ présentée par les membres du Group Asset Allocation Committee de KBL European Private Bankers.