Optimisme, scepticisme ou pessimisme ?

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Pascal Bernachon, Directeur de la gestion, Richelieu investment Funds (RIF)

L’ensemble des dernières publications économiques montrent une inflexion positive de la croissance dans l’ensemble des pays et la hausse des cours du baril redonne même un peu d’espoir tant pour la Russie que pour le Brésil. Ceci est de bon augure pour l’année 2017 et cela s’est traduit instantanément dans les marchés financiers en offrant pour les actions, soit une poursuite du mouvement haussier sur les actions américaines, soit un mouvement de rattrapage au sein des marchés européens. Ce furent du reste les valeurs dites Value, cycliques qui ont pris la tête de ce mouvement avec un retour de confiance sur le secteur financier.

2017 semble donc se présenter sous de meilleurs auspices que ce ne fut le cas début 2016 où les craintes d’une dévaluation, ou même d’un fort ralentissement chinois avaient pénalisé les marchés.

Les investisseurs s’abandonnent en partie aux vertus des politiques monétaires complaisantes pour endosser les « vertus » parfois encombrantes de politiques budgétaires où le mot relance semble prendre le leadership.

Et c’est bien l’élection de M. Trump qui porte en grande partie cette nouvelle vision, aidée par les innombrables « tweet » limités à 140 caractères qui seraient pour certains la traduction de sa politique économique.

Baisse des impôts, ré-industrialisation de l’économie américaine, barrières douanières, travaux d’infrastructures sont les maîtres mots utilisés traduisant une politique purement keynésienne dite de relance dans un pays où pourtant l’économie marche mieux.

Marche mieux mais avec les défauts que le néolibéralisme (encore appelé capitalisme financier) a créé soit un écart grandissant entre les détenteurs de richesses et le peuple. De là nait le populisme, avide de trouver irrémédiablement des coupables en nommant parfois mal les vrais responsables.

Albert Camus ne disait- il pas : « Mal nommer les choses, c’est rajouter du malheur au monde ». Il est vrai que les idées émises par M. Trump sont favorables aux marchés actions, à savoir :

  1. Baisse de la taxation des profits des entreprises : amélioration des profits.
  2. Incitation au rapatriement des profits conservés à l’étranger = favorise l’investissement ou les rachats d’actions.
  3. Programme de travaux d’infrastructures.
  4. Forme de protectionnisme favorisant le Made in America (mais ne sommes-nous pas déjà en plein emploi ?).
  5. Politique favorisant le dollar, et augmentant l’attrait des actifs libellés dans cette devise.

Voilà de quoi nourrir l’optimisme des investisseurs et de la majorité des stratégistes des grandes maisons. Mais nous ne pouvons pas ignorer un certain scepticisme quant à la réalisation de son programme et des effets pervers qu’il pourrait faire naître. Si les réductions d’impôts devraient recevoir un accueil favorable de la part du Congrès, à majorité républicaine, les travaux d’infrastructures pourraient dépendre d’engagements de réduction de dépenses équivalentes. Mais un certain pessimisme peut aussi se trouver dans la future politique commerciale des Etats Unis avec une forme de protectionnisme qui ouvrirait d’inévitables tensions avec le Mexique ou une partie de l’Asie.

Ceci risquerait d’exacerber le climat géopolitique, où la nature ayant horreur du vide, la Chine comme la Russie s’empresseraient de prendre le leadership mondial, puisque la voie est laissée libre par l’Oncle Sam.

A moins que la vieille Europe ne se réveille et saisisse l’opportunité qui lui est tendue mais la période électorale qui s’ouvre n’est pas propice à une action rapide.

Certes, nous pouvons comprendre que les erreurs géopolitiques de nos amis américains ont représenté pour eux un coût financier considérable comme un coup moral indéniable. Le Moyen Orient en est le meilleur exemple mais un retrait brutal des affaires du Monde nous a montré dans le passé (post 1945) que le partage d’anciennes zones d’influence effectué sur un coin de table n’était pas gage de stabilité, bien au contraire.

Après ces 3 concepts, nous pourrions en évoquer un dernier que nous nommerions Réalisme et gageons que la Realpolitik reprendra vite ses droits. La réalité économique et démographique imposera sa loi. Fermer les importations chinoises ou les surtaxer mettrait déjà Apple dans un embarras conséquent avec ses sous-traitants, offrant des opportunités à d’autres compétiteurs.