Matières premières : tout ce qui descend finit par remonter

Les marchés des matières premières sont soumis aux lois les plus fondamentales de l’activité économique : l’offre et la demande.

Cette dynamique explique pourquoi le prix de matières premières comme le pétrole, les produits agricoles et les métaux industriels est inévitablement cyclique, et pourquoi les producteurs peinent à trouver le juste équilibre entre surcapacité et sous-investissement.

Dans la mesure où les producteurs se trompent souvent dans leur estimation du niveau d’offre qu’il convient de proposer à tel ou tel moment (et dans la mesure où les prix sont extrêmement sensibles aux changements, même les plus infimes, dans l’équilibre entre l’offre et la demande), l’histoire du marché des matières premières est celle d’une éternelle fluctuation entre expansion et contraction.

Aujourd’hui, après cinq années de baisse continue des prix des matières premières et de forte consolidation du secteur, certains signes semblent indiquer que le cycle commence à tourner.

Il suffit pour s’en convaincre d’examiner la performance de l’indice Bloomberg Commodity (BCOM), un indicateur des retours sur investissement dans un panier pondéré de valeurs énergétiques, céréales, métaux industriels et métaux précieux, matières premières agricoles et bétail.

Après une hausse de plus de 160 % entre 2001 et mi-2008 (période marquée par une expansion économique mondiale soutenue), l’indice BCOM a fortement chuté dans le sillage de la crise financière. Après une légère reprise, il a suivi une trajectoire baissière entre la mi-2011 et fin 2015, enregistrant une baisse de 55 % durant cette période de faible croissance macroéconomique.

Les matières premières ont été la classe d’actifs la moins performante à l’échelle mondiale l’an dernier (en partie en raison du ralentissement de la croissance chinoise et de la vigueur du dollar), incitant les investisseurs à retirer un volume record de 850 millions USD des matières premières cotées aux États-Unis sur cette période de 12 mois.

Depuis début 2016, les cours sont enfin repartis à la hausse, progressant de 14 % depuis les niveaux planchers affichés mi-janvier et de 6 % au cours des huit premiers mois de l’année. Ce qui est particulièrement important, c’est que durant la même période les prix du pétrole brut Brent ont fortement augmenté (de plus de 30 %).

Bien qu’il soit encore trop tôt pour confirmer l’existence d’une tendance haussière à long terme, les matières premières affichent des prix attrayants aux niveaux actuels.

Bien évidemment, la baisse des prix des matières premières observée ces 5 dernières années s’est traduite par d’importantes réductions dans les dépenses d’investissement, ce qui laisse entrevoir un déficit de l’offre dans un avenir proche, y compris dans le secteur pétrolier où les investissements se sont quasiment taris et où les nouvelles découvertes sont à leur plus bas niveau depuis six décennies d’après l’Agence internationale de l’énergie.

De fait, à l’heure où les prix des matières premières sont portés par la hausse de la demande et une offre limitée, les perspectives des producteurs sont elles aussi plus favorables. Non seulement les prix des matières premières augmentent, mais le secteur bénéficie également de cinq années de consolidation.

Durant la phase d’effondrement des cours de 2011-15, les producteurs ont réduit les dividendes, limité ou éliminé les rachats d’actions, négocié des réductions auprès de leurs fournisseurs et fortement réduit leurs frais de personnel.

Ces cinq années ont également été marquées par une intense activité de fusions/acquisitions au sein du secteur, les opérations menées l’an passé représentant à elles seules environ 650 milliards USD. Dans le cadre de ce mouvement, la palme revient actuellement à Bayer dont la récente proposition de rachat de Monsanto pour 66 milliards USD, si elle était validée par les instances de réglementation, donnerait naissance à un géant agrochimique mondial.

Étant donné l’importance des investissements dans les infrastructures pour la santé du secteur, le fait que la Chine dépense de nouveau sans compter dans des projets de ce type constitue un autre signe positif pour les producteurs. L’exemple de l’Inde, pays qui affiche la plus forte croissance parmi les grandes économies mondiales, est peut-être encore plus révélateur. Selon le ministre des Finances, le pays doit investir au moins 1 500 milliards USD durant la prochaine décennie pour combler son déficit actuel en matière d’infrastructures.

Dans ce contexte, il convient de noter qu’aux États-Unis, les investissements publics fixes en pourcentage du PIB sont proches de leurs plus bas niveaux depuis 60 ans. C’est d’ailleurs l’un des rares points sur lesquels Hillary Clinton et Donald Trump semblent s’accorder, les deux candidats appelant à une hausse massive des dépenses d’infrastructures, même si seul l’un d’entre eux envisage la construction d’un mur de 3 200 kilomètres le long de la frontière mexicaine.

Tous ces facteurs devraient s’avérer porteurs pour les ressources naturelles, et pour les actions qui leur sont liées. Bien qu’étroitement liées au prix des matières premières et par conséquent difficiles à prédire, ces actions ont tendance à surperformer les matières premières sous-jacentes qui leur sont associées.

En valeur réelle, les prix du pétrole n’ont augmenté que légèrement depuis les années 1920. Durant la même période, les sociétés pétrolières et gazières ont enregistré des rendements réels supérieurs à 8 % par an d’après GMO, une société de gestion d’actifs basée à Boston, qui indique que les sociétés minières de métaux industriels ont surperformé les métaux sous-jacents avec une marge similaire.

En ce qui concerne l’avenir, les tendances macroéconomiques mondiales continueront à jouer un rôle fondamental pour les prix des matières premières et les performances des producteurs. Parallèlement, les politiques en matière de taux d’intérêt, les fluctuations de change et l’évolution de la situation géopolitique façonneront également le marché, parfois de façon inattendue.

Malgré cette volatilité, les investisseurs peuvent se consoler à l’idée que les matières premières sont inévitablement cycliques. Ce qui baisse depuis cinq ans retrouvera tôt ou tard l’équilibre, ce point idéal où l’offre répond à la demande.

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Article rédigé par KBL epb