Matières premières : regain des matières premières agricoles

Si les matières premières industrielles restent déprimées comme le prix des métaux non ferreux, le cuivre ou l’acier, les matières premières agricoles se sont réveillées comme nous l’avions anticipé le mois dernier.

Cette prévision résultait des analyses climatologiques qui prévoyaient le retour du phénomène El Nino soit une accentuation du réchauffement et des pluies diluviennes (Ce qui s’est passé en Inde dernièrement et au Pakistan). De plus, le ministère américain de l’agriculture a fait état d’une baisse des surfaces cultivées par les exploitants.

Sur le mois, ce sont donc les cours du blé qui ont le plus progressé avec un gain de 27%. En dépit de niveaux de stocks encore conséquents, il n’est pas impossible que ce mouvement perdure encore quelques temps.

L’once d’or reste endormie dans le même couloir de variation et rien n’indique des fluctuations significatives dans une approche chartiste. Certains investisseurs ont évoqué l’idée que le métal précieux pourrait se réveiller comme valeur refuge face à des perturbations marquées sur la devise euro. Encore faut-il imaginer un tel scénario.

Pour le moment, l’absence d’inflation ne milite pas pour l’or. La remontée des taux d’intérêt long terme offrira désormais une rémunération qui sera au détriment de cet actif dénué de toute forme de retour aux porteurs, hors les plus- values espérées.

Le prix du baril s’est détendu légèrement en fin de période au regard des stocks US et de la poursuite de la politique menée par l’Arabie Saoudite (et en partie l’OPEP). Il marque néanmoins une stabilisation sur la période. Sur les mois à venir, nous saurons donc si l’Iran reviendra (officiellement) sur le marché mondial et donc ajouter des capacités supplémentaires face à un marché toujours déséquilibré entre la demande et l’offre.

Pour autant, nous pensons que la probabilité la plus forte est de revoir d’ici quelques mois un prix de l’or noir sur les 75 dollars.

En dehors des considérations géopolitiques, et particulièrement vis à vis des Etats-Unis et de l’Iran, l’objectif premier de l’Arabie Saoudite était de marquer son rôle de premier exportateur du monde pétrolier et donc de sauvegarder ses parts de marché.

Ceci réalisé, le Royaume pourrait accepter sans l’officialiser une remontée des cours lui permettant de rééquilibrer son budget au moment où ses interventions militaires ont augmenté notablement (Yémen).

Cette remontée des cours résulterait aussi des effets « retards » de la fermeture des puits de pétrole américain de Shale Oil. En effet, l’élasticité des prix pétroliers a toujours du retard par rapport aux fermetures de capacité, les puits précédemment ouverts fonctionnant sur un coût marginal d’exploitation très bas alors que l’impact de la baisse des cours freine la mise en production/exploration de nouveaux gisements.

Sur le Shale Oil, il ne faut pas oublier que de nombreux gisements sont exploités par des petits producteurs et la porte du crédit pour de nouveaux forages s’est refermée avec la baisse des cours et l’impossibilité actuelle pour les banquiers prêteurs de fixer un cours moyen prévisible.

Indépendamment de la capacité de l’Iran de revenir, il ne faut pas oublier l’Irak qui serait à même de produire (en cas de paix) 10 millions de barils/jour.

L’once d’or joue toujours la belle endormie avec de faibles variations en relation avec les mouvements du dollar. Rien ne prédispose à court terme un mouvement directionnel plus affirmé.

Pascal Bernachon, stratégiste KBL Richelieu