L’interview d’Astrid Guillon, Commissaire-priseur chez Artcurial

Capture d’écran 2016-04-11 à 14.06.36Astrid, quel a été votre parcours et quel est le quotidien aujourd’hui d’un commissaire-priseur?

Après des études de droit et d’histoire de l’art à la Sorbonne et à l’Ecole du Louvre, j’ai passé l’examen de commissaire-priseur en 2007. J’ai débuté chez Artcurial, puis à Drouot, avant de rejoindre à nouveau Artcurial en 2010. Je suis aujourd’hui directeur adjoint du département Inventaires et Collections. En tant que commissaire-priseur et généraliste, je réalise des inventaires dans de multiples contextes (succession, partage, déménagement, assurance…, et bien sûr en vue de vente). Je me déplace dans Paris et sa région, mais aussi en France, et parfois à l’étranger, car nous avons plusieurs bureaux en Europe. Je suis donc beaucoup sur le terrain, je pars à la recherche d’oeuvres et objets qui pourront être valorisés dans le cadre de nos ventes spécialisées. Je dois avoir un oeil sur tout, pour ne pas passer à côté d’un objet important. Mon métier inclut aussi une dimension de conseil envers mes clients (vendre, ne pas vendre, quand vendre…), en tenant compte du contexte fiscal et patrimonial et des évolutions du marché de l’art.

Que pensez vous de la place de la France dans le marché de l’art ?

La France est historiquement une des grandes places du marché de l’art. Elle a toujours sa carte à jouer face à Londres, New York et Hong Kong. Paris reste une place attractive ; le secteur des ventes aux enchères en France a connu en 2015 une progression de + 6 % pour le secteur Art & Objets de collection, tandis que 2014 avait connu un léger repli. Aussi, Paris est une place privilégiée pour les ventes dans certaines spécialités, telles que les Arts premiers et la Photographie.

Quelles sont les spécificités d’Artcurial ?

Créée au début des années 2000, Artcurial est rapidement devenue la première maison française de vente aux enchères. Avec 150 collaborateurs et 5 bureaux en Europe, elle propose 120 ventes par an, réparties en un large éventail de 30 spécialités. Artcurial profite d’un lieu d’exception, l’Hôtel Marcel Dassault, qui est un écrin formidable pour la mise en valeur des oeuvres et objets qui nous sont confiés. Maison jeune et dynamique, Artcurial a toujours cultivé la nouveauté, en organisant par exemple les premières ventes de Bandes Dessinées et de Street Art, pour lesquelles elle s’est positionnée en leader. Artcurial est aussi l’organisatrice régulière de projets hors normes, telles que l’ont été les ventes-marathons du mobilier de l’Hôtel de Crillon en 2012 ou de l’Hôtel de Paris à Monaco en 2015 (plus de 3000 lots et 6 jours de vente, soient les plus importantes ventes, en nombre de lots, organisées ces dernières années).

Quel est l’intérêt pour un particulier de passer par la maison de ventes aux enchères ?

La vente aux enchères offre une transparence et une sécurité quant à la vente et au prix, et une garantie quant à ce qui est décrit dans les catalogues par ses spécialistes (nature de l’objet, authenticité, état…). La maison de vente étant un intermédiaire entre acheteurs et vendeurs, son intérêt est de vendre au meilleur prix. Pour le vendeur, vendre aux enchères est la garantie d’obtenir le plus haut prix en mobilisant un maximum d’amateurs du monde entier. Notre maison de vente propose également, pour les oeuvres importantes, un service de Ventes Privées, développé ces dernières années grâce à notre fichier de collectionneurs.

Si vous deviez choisir un secteur de niche à suivre, quel serait-il ?

Le bijoux vintage signé. Le domaine de la joaillerie offre une variété immense, il y en a pour tous les goûts, et les objets proposés en vente aux enchères sont nombreux. Il y a un véritable engouement pour les bijoux signés, de l’Art Déco aux années 1970 notamment.  C’est une spécialité qui fera toujours rêver. Un bijou exécuté avec qualité, et provenant d’une grande maison, conservera toujours une valeur certaine.

Quelle est la stratégie de la maison sur le segment digital ?

Les acheteurs en ligne, qui suivent nos ventes en live, sont toujours plus nombreux. Sur ce terrain, internet a transformé nos salles de vente en une fenêtre ouverte sur le monde, cela a boosté les enchères. Les maisons de vente ont là un grand terrain à exploiter, d’autant qu’elles avaient un certain retard en la matière. Artcurial va développer des ventes « online only » cette année, dans des spécialités choisies.  Certains objets sélectionnés y trouveront mieux leur place. Cela répond à une demande et de nouveaux modes de consommation. Pour autant, je ne pense pas que les ventes aux enchères traditionnelles vont disparaître dès demain. Rien ne remplacera l’ambiance d’une salle lors des ventes, la foule d’amateurs et l’excitation des enchères…

Les marchés émergents ont représenté ces dernières années un fort levier pour le marché de l’art. Comment considérez vous ce segment actuellement ? 

Ces marchés sont importants car ils sont un vivier de nouveaux clients à fort potentiel. Je pense qu’il y a de grandes perspectives de développement avec ces nouveaux amateurs de plus en plus présents dans nos ventes en France, et qui constituent des collections. Les Chinois par exemple, très actifs depuis déjà plusieurs années sur les ventes d’Art d’Asie et de Vins, s’intéressent désormais aussi à nos autres spécialités de ventes, telles que la joaillerie, les accessoires de luxe, ou encore le mobilier et les objets d’art français…

Comment envisagez vous la collaboration des banques privées avec les maisons de ventes aux enchères ? Quelles peuvent etre les synergies ? 

Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus amenés à travailler ensemble, dans une complémentarité de compétences. Chez Artcurial, nous notons une demande croissante de la part des banques privées, et de leurs clients. Dans le cadre de la gestion ou la création de patrimoine artistique, il est essentiel de s’entourer de professionnels de confiance.  Nous apportons notre expérience et notre connaissance du marché de l’art, dont le fonctionnement reste encore méconnu et qui peut sembler difficile d’accès.

Quel serait votre conseil pour un novice dans le marché de l’art ? 

Acheter ce que l’on aime, au coup de coeur, en respectant le budget que l’on s’est fixé. Commencer par suivre les ventes dans la spécialité qui vous intéresse, et observer les prix.  Et surtout, ne pas hésiter à solliciter l’avis des spécialistes de la maison de vente qui sauront vous guider et vous conseiller pour faire un achat judicieux !

Alice Ducros, conseil en gestion de patrimoine artistique