Les Etats-unis ne veulent plus être le gendarme du monde….Mais le dollar restera le métronome des marchés

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Pascal Bernachon, Directeur de la gestion, Richelieu investment Funds (RIF)

Si les américains ont exprimé une forme de vote évoquant le retour de « Great America », c’est aussi en bonne partie le sursaut des « WASP » (White Anglo Saxon Protestant) de la Middle Class face à une montée démographique inexorable des communautés « Latinos » ou Afro-americaines.

La volonté du nouveau Président est bien de mettre en avant le Made in America et de satisfaire les oubliés du libéralisme des dernières décennies. Oubliés certes en partie par l’inhumanité du capitalisme purement financier mais aussi par l’absence d’anticipation et d’adaptabilité des systèmes éducatifs, de l’absence d’investissements, la sous-qualification d’une partie des travailleurs et bien entendu, de la montée régulière des services au détriment de l’industrie.

Lorsque nous parlons de repli sur soi, il ne faut pas en exagérer les termes. Gageons que la hausse des cours du pétrole permettra à l’industrie pétrolière américaine, non seulement de confirmer l’indépendance énergétique du pays mais aussi de (re) trouver son rôle de grand exportateur d’énergie. Ceci d’autant plus facilement qu’à priori, le nouvel homme fort de Washington est en matière d’écologie, l’opposé du dernier locataire.

Nous jugerons donc du désengagement réel des Etats-Unis de la scène internationale, déjà perceptible et comme déjà évoqué, mis à profit par la Russie pour reprendre la place qu’elle occupait au temps de l’U.R.R.S.

Indépendamment de ces aléas politiques, relents populistes, il apparait qu’un élément restera le déterminant de plusieurs pays et des marchés financiers : le dollar américain.

Non seulement, il pourrait être un frein aux velléités de retour à la compétitivité des produits américains mais il viendra probablement une fois de plus perturber le marché des changes, et par là, affaiblir d’autres devises avec les différentes conséquences qui en découlent. Comme l’impossibilité de certaines banques centrales de baisser le taux d’intervention pour soutenir l’activité, ce qui affaiblirait non seulement leur propre devise mais renchérirait leurs importations (à commencer par l’énergie).

Le dollar américain sera-t-il un déterminant de la politique monétaire de la Réserve Fédérale où sa hausse pourrait être jugée équivalente à une hausse de taux ?

Certes, d’autres pays se satisferont de la baisse de leur devise. Le Japon où la baisse du yen favorise les sociétés exportatrices, renchérit les importations donc provoque une inflation positive avec une impression (illusion) d’une sortie de stagnation déflationniste. La Zone euro se satisfera de la baisse de sa devise nonobstant que la majorité des échanges s’effectue dans cette devise et que la hausse du dollar renchérirait les importations et pourrait peser sur le pouvoir d’achats des ménages.

Problématique aussi pour la Chine où l’attrait de la devise américaine attire les sorties de capitaux (même si le Gouvernement a pris des décisions pour l’endiguer). Ceci affaiblit le Yuan bien plus rapidement que désiré et si cela améliore la compétitivité du Made in China, les effets d’inflation importée diminuent la marge de manœuvre de la Banque de Chine.

In fine, alors que nous ne pouvons totalement anticiper la réalité des actes à venir de M. Trump par rapport à ses discours électoralistes, même si quelques pistes nous sont ouvertes au regard des nominations à des postes clefs qu’il a déjà annoncées, nous pouvons penser sans grand risque que le « Roi » dollar sera une fois de plus un déterminant de l’ordre et des désordres de l’économie mondiale et donc des marchés financiers.