Les Banques Centrales salvatrices deviennent-elles complices des marchés ?

Nous avons vanté maintes fois la réactivité des banques centrales face à la conjoncture, expliquant qu’elles n’avaient d’autres alternatives, parfois, que de se substituer à l’incurie des décisions des politiques.

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Pascal Bernachon, stratégiste KBL Richelieu

 

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Les Quantitative Easing, politique non conventionnelle par nature, ont eu le mérite de maintenir l’activité sur un trend de rebond et c’est probablement la FED qui fut du plus grand apport en la matière. Il est vrai que les ménages américains sont culturellement bien plus sensibles à l’évolution des actifs financiers que les japonais ou européens.

Le maintien des taux bas à l’appui de cette politique monétaire aura aussi permis d’assister à un net rebond de l’immobilier.

Minorons ce fait en se rappelant que les prix aux Etats-Unis avaient chuté significativement avec la crise des Subprimes et que le prix d’une maison rapporté au pouvoir d’achat était alors tombé sur les niveaux comparables de 1945.

Face à l’action de la Réserve Fédérale, l’indépendance énergétique américaine a indéniablement été un support de la croissance des Etats-Unis. C’est à l’appui de ses actions salvatrices que les Banques Centrales ont gagné leur crédibilité. Il leur faut désormais la conserver.

Ce fut donc en partie une déception lorsque Mme Yellen a annoncé sursoir une fois de plus la hausse des taux de la Banque Centrale, instaurant inévitablement un doute sur la solidité de la croissance américaine. Mais, indépendamment des risques nés du ralentissement en Chine, il est vrai que l’objectif d’inflation de l’institution reste éloigné. Alors, si nous jugeons utile que la FED remonte d’une manière très graduelle son taux d’intervention, force est de penser que les données économiques ne justifieront pas plus cette action dans les tous prochains mois.

Si nous pouvons espérer une stabilisation, voire une timide amélioration des indicateurs chinois en fin d’année, rien ne prédispose actuellement à une franche remontée des prix. La Banque du Japon et la B.C.E sont à la même enseigne. Leurs décisions de Q.E. résultaient du risque déflationniste et avaient pour but de reflater l’économie. C’est un échec puisque les prix ne montent pas et passent même sous le 0%

Nous pouvons mettre une bonne partie de cette pression déflationniste sur le compte de la baisse des cours des matières premières. Mais en regardant la Core Inflation (hors alimentaire & énergie), nulle pression haussière n’apparaît !

Ces actions auront, pour le moins, servi, au Japon comme en Zone €uro, à provoquer une dévaluation de la devise qui aura eu le mérite de soutenir les exportations au travers d’une part de compétitivité retrouvée grâce à cela. Les détracteurs pourront affirmer qu’il y eut bien inflation …mais inflation des actifs avec les risques de bulle qui en découlent.

Ceci est bien plus notable sur les marchés obligataires souverains où nous avons assisté à une compression des rendements. Cela entraîne aussi un effet déflationniste.

Alors l’attentisme de la FED est-il conduit par les réminiscences de la crise de 1929 où la reprise de 1937 ? Elle fut ensuivie d’une récession encore plus accentuée jusqu’en 1945.

Nous n’avons certainement pas l’outrecuidance de critiquer les Banques Centrales. Elles ont sauvé « Le soldat Ryan » comme nous l’écrivions alors. Nous nous bornons à constater que cet environnement de taux bas a été un merveilleux prétexte pour les Etats endettés pour ne pas s’attacher franchement à la réduction de leurs dettes. Nous n’osons imaginer les effets négatifs que provoqueraient alors une nette remontée des taux d’emprunts. L’épargne disponible, abondante, ne s’est en rien dirigée vers l’investissement productif.

Bien sûr, incertitude, incompréhension du monde nouveau et démographie peuvent expliquer la frilosité des épargnants.

Lesquelles Banques Centrales resteront inévitablement désarmées face aux effets de la révolution numérique qui permet des gains de productivité (et de coûts) rétrocédés en partie aux consommateurs, donc déflationniste sur les prix. Alors, oui, il existe un peu de complicité des Banques Centrales avec les marchés financiers.

Mais ce choix subi résulte encore et toujours de l’incurie des politiques à avoir su accompagner leurs actions monétaires par des politiques budgétaires adaptées, par les réformes structurelles qu’il faudra bien assumer un jour, des règles prudentielles plus sévères et particulièrement sur les prêts immobiliers.

Reconnaissons à M. Draghi la récurrence de ses conférences de presse appelant de ses voeux ces réformes indispensables. Les Banques Centrales ont été salvatrices, elles se doivent de ne pas rester trop longtemps complices au risque de laisser se préparer la prochaine crise majeure. Par un discours moins accommodant, elles ont le pouvoir d’obliger nos politiques à enfin intégrer le fait que le monde d’aujourd’hui, comme de demain, ne peut se satisfaire des recettes du passé.

La réelle reprise de l’inflation ne peut naitre que la revalorisation des salaires ? C’est peutêtre la clef d’une réelle croissance durable dans un monde où les services représentent de plus en plus la croissance des PIB. Ceci est un vrai choix politique au même titre que toute aide fiscale à l’investissement bâtit les revenus de demain.