Le contrat social

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pascal Bernachon, Directeur de la gestion, KBL Richelieu Gestion

Au cours des dernières années qui ont suivi la crise de 2008, nous nous étions exprimés à plusieurs reprises sur les effets pervers de l’ultralibéralisme financier. Nous avions alors essayé de justifier la montée en puissance de la financiarisation de l’économie par l’absence de contrepouvoir qui résultait de la chute du mur de Berlin et de l’éclatement de l’Empire Soviétique. Ce jugement se référait, à travers les différentes cultures, à la nécessité d’avoir toujours une force contraire modératrice pour aller sereinement de l’avant.

Face à ce constat passé, nous avions évoqué que le libéralisme ne pouvait se survivre à lui-même qu’en réintégrant la place de l’homme dans son concept, la valeur travail entre autres.

Face à ce constat de la crise de 2008 et les transformations significatives du progrès (digitalisation, robotisation, intelligence artificielle..) se présentait le risque de la montée du populisme et du repli sur soi. Si au sein de certains pays, le vote populiste l’a emporté, c’est plus souvent par rejet des candidatures proposées, à l’image des Etats-Unis que par un choix politique avéré. Les dernières élections au sein du vieux continent nous ont montré que les craintes d’un tel vote avait largement été exagérées.

Certains évoqueront pour autant que l’expression de certaines élections reflétait un phénomène de rejet face aux actions (inactions) politiques passées. Ceci n’est pas contestable mais ce rejet n’aura pas nourri pour autant les extrêmes du spectre électoral.

Nulle prétention pour nous de décortiquer « Le Contrat Social » de Rousseau » ou d’en faire une thèse philosophique dans ce document qui n’en est pas l’objet.

Nous évoquons néanmoins le concept de Rousseau pour essayer de comprendre les forces sociétales qui se mettent en place et qui influenceront inévitablement les politiques économiques à venir, sans pour autant en prévoir le calendrier.

Le « contrat social » pourrait revenir à chercher quelle place attribuer à l’Homme dans ses rapports avec ses semblables.

En philosophie politique, le contrat social est une matière qui est largement documentée pour toutes les époques. Il pourrait se rapprocher du capitalisme Rhénan, cher au défunt Président des AGF, M. Michel Albert et totalement opposé au libéralisme sauvage. Vivre ensemble pour faire vivre une nation selon le philosophe Renan : « avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore dans l’avenir ». Etablir un modèle contractuel de la nation.

En économie, le contrat social se rapprocherait de l’idéologie de Karl Marx, soit le partage de la plus- value entre le capital et le travail.

Or , nous avons souvent établi les graphes qui mettaient en évidence que la valeur ajoutée des entreprises permettait d’augmenter notablement les profits au détriment de la valeur du travail : Le salaire. Nous avons aussi évoqué les disruptions économiques incroyables qui naissaient du progrès dont l’intelligence artificielle et la non adéquation de la vitesse du progrès et de son acceptation (compréhension) par la majorité des hommes.

Face à tous ces défis, il est utile qu’au niveau d’une nation, il se passe ce que nous observons dans la vie de l’entreprise, un but partagé où l’ensemble des acteurs participent avec leurs propres moyens à l’atteinte d’un objectif commun.

Le F.M.I, chantre du libéralisme économique, de la libre circulation des capitaux a fait volteface au cours de ses derniers rapports d’audit et milite désormais pour une croissance « inclusive ». Son économiste en chef M. Blanchard admet que les effets nocifs des plans de rigueur ont été sous-estimés. Le F.M.I comme la Banque Mondiale mettent en avant les disparités de revenus et de patrimoine qui découlent des années passées. Ainsi, aux Etats-Unis, 1% des contribuables aux plus hauts revenus aurait accaparé 50% de la création de richesse des 30 dernières années.

Alors au risque d’avoir une lecture optimiste, nous préférons considérer le vote français, non pas basé sur la rupture d’un certain type de contrat entre les citoyens et les partis politiques, pourtant intermédiaires institutionnels de notre démocratie représentative, mais bien comme la naissance d’un Nouveau Contrat Social.

Cette conception est gage d’une croissance pérenne et de moindres déséquilibres financiers, sociaux… il faudra inévitablement du temps pour que cette nouvelle forme de libéralisme s’installe au sein des pays développés, puis des pays émergents dont les priorités ne peuvent être les mêmes. Mais la nouvelle approche du F.M.I, l’expression des votes électoraux apparaissent comme les fondements d’un nouveau contrat social qui devra se mettre en place. Et particulièrement au moment où le progrès apporte son lot de disruptions y compris sur l’évolution du marché du travail.

Laquelle disruption explique probablement le retard constaté dans la « courbe de Philips » qui théorise la montée logique des salaires dans un marché de plein emploi.