« La maxime de tout chef de famille prudent est de ne jamais essayer de faire chez soi la chose qui lui coûtera moins cher à acheter. » Adam Smith

 

Edito de Pascal Bernachon, directeur de la gestion, KBL Richelieu Gestion. 

Il n’est probablement pas anodin que le Président Trump s’empare du thème protectionnisme actuellement à quelques mois des élections de Midterm au moment où les dernières élections en Pennsylvanie en mars ont fait tomber un bastion républicain au profit des démocrates mais aussi au moment où le procureur Robert Mueller s’apprête à convoquer le Président dans le cadre du « RussianGate ».

Certes, l’instauration de barrières douanières faisait partie intégrante du programme électoral du candidat à l’investiture suprême mais le flou savamment entretenu par ce dernier crée inévitablement un manque de visibilité qui s’est traduit dans les marchés financiers au cours de ce mois. A ce stade, rien ne dit pour autant que les décisions finales auront une ampleur significative et engendreront une farouche guerre commerciale. Indépendamment de la volonté de satisfaire son électorat via des doses de populisme, nul ne peut écarter la volonté d’user de l’arme commerciale dans une guerre « froide » qui relie désormais U.S.A/Chine/ Russie, par l’usage du commerce come par les antagonismes d’influence au Moyen-Orient. Notons au passage le peu d’intérêt que laisse transparaître l’Europe aux protagonistes dans cet environnement.

S’il n’y a pas de fumée sans feu, il ne faut pas ignorer la capacité de la Chine d’amoindrir le discours du Président Trump, ne serait-ce qu’en le menaçant de ne plus acquérir autant d’obligations d’état américaines alors que le déficit budgétaire pourrait atteindre 5% du PIB dans les toutes prochaines années. Ceci provoquerait irrémédiablement une hausse du taux de l‘emprunt à 10 ans américain au risque de précipiter la croissance vers le bas.

Certes, nul ne peut contester que la Chine a incroyablement progressé dans la valeur ajoutée de son industrie et que le plagiat lui a servi à accélérer sa modernité. Il suffit de comparer l’avion Comac moyen-courrier à Airbus. Les chinois font ce qu’on fait les japonais en leur temps.

Le déséquilibre des échanges entre les Etats-Unis et la Chine est probant et doit être appelé à diminuer. Les menaces de sanctions iront après moult palabres dans ce sens. Il en va aussi de l’intérêt des Chinois. Encore faut-il dans la lecture de ces échanges regarder le nombre de biens résultant de sous-traitances au made in America.

Mais imaginons que le discours du Président Trump nous entraîne vers une réelle confrontation commerciale soit de nombreuses barrières douanières sur de nombreux produits.

Indépendamment de l’impact sur le commerce mondial qui ralentirait les expectatives de croissance de PIB et annulerait in fine les avantages de la réforme fiscale sur l’activité aux U.S.A. il ne faut pas croire que ceci permettrait de renforcer l’Amérique. Car en situation de plein emploi, si ces barrières ont pour but de relocaliser aux Etats Unis ce qui est produit à l’extérieur, le risque est grand de ne pas disposer de la main d’œuvre nécessaire ou alors de l’ôter à d’autres activités industrielles au risque de les fragiliser.

Imaginons à terme une réindustrialisation des Etats –Unis, elle n’empêcherait pas dans un premier temps la baisse des importations des produits non existants sur le sol américain mais surtout elle les renchérirait au dépens des consommateurs.

Il faut aussi considérer les prix des importations qui sont inévitablement moins élevés par rapport à des biens manufacturés sur le sol américain. ILs sont des facteurs de soutien indéniables au pouvoir d’achat des ménages. D’autant que ces dernières années, la déformation du partage des revenus au détriment des salariés n’a pas généré de gains de pouvoir d’achat pour les salariés.

La citation d’Adam Smith est une évidence et le Président Trump ne prendrait donc pas la bonne décision de Chef de famille, ouvrant la porte à une inflation importée via les taxes additionnelles.

Si nous prenons de nouveau l’exemple de la Chine et de sa montée en gamme, elle est concomitante à la baisse de sa main-d’œuvre disponible et à la hausse régulière des salaires qui lui ôte de la compétitivité.

Une partie de son industrie s’est désormais déplacée au Vietnam et autres pays asiatiques encore à bas coûts.

Le père de famille a donc plus intérêt à investir dans la hausse du niveau d’éducation, dans la recherche développement ou tout autre spécialisation à haute valeur ajoutée sans oublier que ses propres entreprises sont, elles, définitivement mondiales.

Nous évoquons la notion de retour à la « guerre froide» qui a suivi l’après-guerre mais sa froideur nous apparait toute relative car elle se traduit par la permanence de conflits, certes éloignés   des protagonistes. Serait-elle « tiède » ? La nomination de John Bolton comme conseiller à la Sécurité Nationale n’a rien de rassurant. Ancien de l’équipe du Président Bush et va-t’en guerre reconnu, il ne risque pas d’aller dans le sens contraire d’un durcissement des sanctions vis-à-vis de l’Iran et pourrait même plaider pour l’expulsion de l’influence iranienne en Syrie, satisfaisant autant Israël que l’Arabie Saoudite. Nous ne pouvons écarter l’idée que le prix de l’or noir, qui a progressé ces derniers temps, intègre ce risque.

Machiavel pourrait conseiller à un Président fragilisé de mener un conflit, ciment de la Nation.

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N.B : Ci-joint un document de la Deutsche Bank représentant le pourcentage de population par pays considérant que la mondialisation est une bonne chose …No comment !