JACKSON HOLE : The sound of Silence !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pascal Bernachon, Directeur de la gestion, KBL Richelieu Gestion

Comme chaque année, les principaux banquiers centraux se réunissaient fin août à Jackson Hole. Même si les investisseurs n’attendaient pas de grandes novations dans les discours de Mme Yellen ou de M. Draghi, ils n’avaient pris en aucun cas un sens directionnel ou pari quelconque avant cette date.

Ce fut donc Mme Yellen qui tint la première sa conférence de presse et, tout en signalant que petit à petit les données restaient favorables et permettraient donc de poursuivre la normalisation de la politique monétaire, elle ne donna aucune précision sur les prochaines hausses de taux d’intervention ni timing précis sur la réduction du bilan de la Reserve Fédérale.

Devant ce peu de nouvelles informations émanant de la part de la Présidente de la banque centrale américaine, il était d’une évidence logique que M. Draghi n’apportasse pas plus de précisions quant au devenir précis des actions futures de la B.C.E.

Le faire eut été prendre le risque de provoquer une progression encore plus forte de la devise communautaire qui touchait 1.1940 contre dollar après ces deux conférences. La hausse de l’euro depuis mi-juin ne correspond-elle pas déjà à une forme de resserrement monétaire ? Et surtout elle influence à la baisse les prix à l’importation donc freine d’autant plus un potentiel rebond de l’inflation.

De fait, M. Draghi a expliqué que l’objectif d’inflation de 2% de la B.C.E demanderait du temps pour être atteint. Ceci exclut donc un relèvement des taux de l’institution pour les mois prochains mais n’annule pas la possibilité pour la banque centrale de poursuivre la réduction de son Quantitative Easing en réduisant une fois de plus ses achats mensuels.

Mme Yellen se montre plus confiante dans l’atteinte d’une inflation de 2% et a du reste annoncé que la normalisation prenait corps que ce soit sur cette composante comme sur la croissance. La diminution du bilan de la banque centrale américaine reste d’actualité et sera progressive, comme maintes fois précisé par sa Présidente.

Mais derrière ces silences, il n’y a aucune raison de remettre en cause les propos tenus jusque-là par les deux grands argentiers. Sortir de ces politiques monétaires très expansives reste la volonté commune et si le calendrier ou la force du mouvement restent conditionnés par l’environnement économique, ils n’ont pas d’autre choix que d’aller dans cette direction. Elle est impérativement nécessaire pour éviter les excès que prendraient alors les marchés financiers.

Il s’agit d’un retour à une politique normative sans précipitation car la nature de la croissance économique, l’absence de reprise franche de l’inflation comme dans les cycles précédents trouvent racines dans des causes structurelles que nous avons maintes fois évoquées et non pas dans des facteurs purement conjoncturels.

Avancer tout en jouant la montre, le choix est draconien mais nécessaire. Dans ce nouvel environnement, il est réellement plus aisé de mettre en place des politiques monétaires complaisantes, et qui auront permis d’éviter la catastrophe, que de savoir en sortir. Cette forme d’attentisme est parfois, à tort, considérée par les investisseurs comme l’incapacité de nos banquiers centraux de formaliser leurs objectifs par des actes et ceci s’ajoute aux incertitudes qui auront animé les marchés au cours de cet été.

Mais peut-être vaut-il mieux « The sound of silence » que « Le silence des agneaux » ?