Informations économiques : Pays par pays

Article de Pascal Bernachon, directeur de la gestion, KBL Richelieu Gestion, à propos des informations économiques triées pays par pays.

Comme nous le détaillons dans notre conclusion ci-après, le recul des indicateurs économiques après l’accélération constatée précédemment n’est pas le signe précurseur d’un fort ralentissement. L’aplatissement de la courbe des taux constaté aux Etats-Unis (2 ans/10 ans) a souvent été aussi interprété comme un signal négatif sur l’activité future. Mais nous sommes toujours dans une mutation profonde des cycles économiques qui ne permettent pas, selon nous, d’extrapoler les constatations passées comme s’appliquant parfaitement à l’environnement disruptif actuel.

U.S.A :

Le marché de l‘emploi poursuit son amélioration et se traduit par un niveau de confiance des ménages toujours élevé permettant d’envisager une bonne tenue de la consommation, en dépit d’un taux d’épargne relativement bas. Les sondages montrent un bon niveau d’optimisme des entreprises et la manne fiscale permet d’envisager une poursuite des investissements.

Le Président Trump poursuit, parfois plus par la parole que par la réalité des actes, ses promesses électorales. Mais inévitablement freiné soit par la réalité économique, soit par l’absence de consensus politique, il se doit de minorer ses élans. Le grand programme d’infrastructures est donc repoussé à fin d’année, dans le meilleur des cas, et faute d’être financé par le Mexique ou d’obtenir l’accord du Congrès sur la construction d’un mur à la frontière, il charge l’armée d’en assurer l’étanchéité.

Comme déjà évoqué, les dépenses décidées par l’administration vont donner un coup de pouce à la croissance économique au cours de cette année mais ne se prolongeront pas au-delà de 2019. Elles créent inévitablement un creusement du déficit budgétaire qui pourrait à moyen terme se répercuter sur le coût de financement de la dette et ses conséquences sur l’ensemble de l’économie.

Zone Euro :

La croissance en zone euro a terminé l’année 2017 avec un niveau de 2.7% au quatrième trimestre. Légère décélération mais le PIB a crû de 2,5% en moyenne annuelle en 2017.

Reprise de l’investissement, reconstitution des stocks et vigueur de la demande extérieure auront été les principales composantes avec une amélioration de la consommation en relation avec un marché du travail qui revient sur le niveau de chômage structurel. La croissance pour l’année 2018 pourrait approcher les 2.2 à 2.4%..

L’activité globale en mars dans la zone euro ressort à 55.3 contre des attentes du consensus à 56,7 et 57,1 en février. Le PMI manufacturier baisse également à 56,6 (consensus à 58,1 et 58,6 en février) tout comme le PMI des services à 55 (consensus à 56 et 56,2 en février). Tout ceci confirme la sortie du processus d’accélération des derniers mois mais ne présage pas d’un ralentissement marqué.

Allemagne :

 

La croissance du secteur privé allemand diminue en mars. Le PMI manufacturier baisse de 60,6 à 58,4 (consensus de seulement 59,8) et le PMI des services passe de 55,3 à 54,2 (alors que le consensus était à 55). Les dernières crispations autour des taxes sur les importations aux US et la dépréciation de l’euro impactent négativement les exportateurs.

France :

Notre pays va sortir de la procédure européenne pour déficit excessif en affichant pour l’année 2017 un déficit budgétaire de 2.6% contre 3.4% l’année 2016. Mais cette embellie résulte peut-être plus de facteurs temporaires que du résultat de réformes structurelles ou de la baisse réelle des dépenses de l’Etat. En effet, ce sont à la fois la hausse des rentrées fiscales avec un taux de prélèvement de 45.4% et toujours la baisse des taux d’intérêt qui permettent un refinancement de la dette dans les meilleures conditions. Nul ne peut donc assurer que ce retour favorable dans les critères de Maastricht soit reconductible dans le futur, surtout si le taux d’intérêt de l’O.A.T était appelé à progresser.

Les enquêtes PMI-markit attestent d’un reflux du sentiment par rapport au pic de la fin 2017. L’indice PMI-composite d’activité (industrie + services) se situe à 56.2 points en mars, à comparer avec une moyenne de 56.8 en 2017 (pic : 60.3) et 50.9 en 2016.

La Banque de France et l’INSEE attendent ainsi une hausse du PIB réel de 0.4% t/t au T1 2018 (idem au T2 pour l’INSEE), après quatre trimestres au voisinage de 0.6% t/t. Selon le rapport trimestriel de l’INSEE, les créations d’emploi ont continué d’accélérer au T4 2017.

La consommation du mois de février s’inscrit par ailleurs en hausse de 1,9% par rapport à février 2017. Les économistes tablaient sur une hausse des dépenses de consommation de 1,9% sur un mois et de 2% sur un an.

N’oublions pas l’impact des conditions climatiques sur l’activité au cours de ce premier trimestre.

Royaume Uni :

Les ventes au détail progressent en février avec une hausse de +0,8% et des attentes du consensus à seulement +0,4% (-0,2% en février). En glissement annuel, les ventes restent à +1,5% contre un consensus à +1,3%.

L’actualité a surtout été marquée par l’accord des négociateurs britanniques avec l’Union Européenne (annoncé le 19 mars, puis validé par le Conseil européen le 23 mars) sur une période de transition de 21 mois après le départ formel du Royaume-Uni de l’Union à fin mars 2019. Ainsi, un statu quo par rapport à la situation actuelle sera maintenu jusqu’à la fin 2020 avec la poursuite de la contribution du Royaume au budget européen mais sans droit de vote et le maintien de résidence pour les européens s’installant sur le territoire britannique. Restent la problématique de la frontière irlandaise et bien entendu les négociations futures des relations commerciales.

Le Hard Brexit semble pouvoir être écarté sans tomber dans une complaisance totale mais ceci est favorable pour de moindres tensions baissières sur la Livre sterling. La croissance s’est établie à +1.4% et l’indicateur Markit PMI manufacturier reste sur 55.1.

Japon :

Le PIB réel a progressé de 0,4% au quatrième trimestre 2017 (taux annualisé de 1,6%), confirmant pour le huitième trimestre consécutif la sortie de stagnation de l’économie japonaise. Elle a été portée à la fois par la croissance mondiale et donc ses exportations mais aussi par une hausse de la demande domestique. La consommation privée a progressé de 0,5% en variation trimestrielle au quatrième trimestre, après la baisse de 0,6% du troisième trimestre. Les dépenses d’investissement ont progressé pour le cinquième trimestre consécutif.

Mais assisterons-nous à l’enterrement des réformes proposées par le 1er Ministre Abe suite à sa baisse de popularité en relation avec la révélation que le ministère des Finances avait falsifié des documents relatifs au scandale de ventes de terres de Moritomo Gakuen, ceci à quelques mois des élections qui pourrait provoquer son remplacement.

 

Chine :

Désormais détenteur du pouvoir absolu, Xi Jinping peut mener la poursuite des grands chantiers comme la lutte contre la pollution, le désengorgement de Pékin en obligeant une partie de la population à s’exiler au loin dans une ville totalement créée récemment. Les pouvoirs renforcés de la Banque Centrale vont permettre de s’attaquer à la problématique des créances douteuses et précipiter via la régulation les faillites inévitables de certaines banques.

Face aux mesures de rétorsion commerciale du président Trump, la Chine répond à l’identique préparant une inévitable négociation faite de concessions. Encore que l’analyse des exportations chinoises vers les Etats-Unis doivent être corrigées des produits Made In America assemblés en Chine, à l’image des IPhone d’Apple.

Les autorités ont d’ores et déjà annoncé vouloir importer pour 8.000 milliards de dollars (6.500 milliards d’euros) de biens et attirer 600 milliards de dollars d’investissements étrangers au cours des cinq prochaines années.

Il a été aussi décidé de baisser la TVA de 17% à 16% pour le secteur manufacturier, et de 11% à 10% pour le transport, la construction, les télécommunications, et l’agriculture, le tout à partir du 1er mai. D’autres mesures fiscales de soutien à l’économie devraient être annoncées dans les semaines qui viennent avec entre autre des déductions sur les dépenses d’éducation et de santé et sur les taxes douanières sur certains produits importés, comme les voitures et d’autres produits de consommation.

Force est de constater un léger ralentissement de la croissance mais qui se maintiendra au-dessus des 6% au cours de cet exercice, et toujours avec une montée en valeur de son industrie et de ses activités de services.

Inde :

Net ralentissement des indices d’activité qui sont passés sous le niveau de croissance (50) soit 49.7 pour le PMI Composite. L’indice PMI manufacturier Nikkei se maintenant lui à 51 contre 52.1. Face aux scandales entourant deux banques indiennes dont la fraude de 2Mds$ de la Punjab National Bank, les investisseurs domestiques et étrangers ont vendu massivement les obligations souveraines et corporate à un rythme le plus élevé depuis 2016.

Les ventes d’obligations indiennes totalisent plus de 2.3Mds$ sur les 5 dernières semaines.
La roupie indienne a fortement baissé.

Divers :

Nette embellie en Afrique du Sud et pour la devise avec le retour de la confiance après la destitution du Président Zuma.

Brésil : Lula grand favori des sondages ne pourra éviter la prison, les autorités craignent des révoltes populaires avant les élections.