Informations économiques : Pays par pays

Pascal Bernachon, Directeur de la gestion, KBL Richelieu Gestion


U.S.A :

Si les indicateurs PMI manufacturier et services ont montré un minime retrait, l’environnement économique reste favorable et peu éloigné de ses points hauts. Les commandes de biens durables ont faibli (-1.2%), mais par rapport à des niveaux eux-mêmes revus en hausse. Hors éléments volatils tels que les transports et la défense, le repli est de 0.5%, après +2.1%.

La tendance annuelle reste très positive, à plus de 8%. De plus, les livraisons, qui constituent le meilleur indicateur de l’investissement en équipement, gagnent 0.4%, après +1.2%. L’acquis pour le T4 est déjà à +6.5%. Vu le niveau des indices de confiance du secteur manufacturier, aucun ralentissement n’est à craindre à court terme. Le rapport mensuel sur l’emploi faisait état de 261 000 créations de postes en octobre et annonçait une révision à la hausse les chiffres d’août, à 90 000 (39 000 de plus qu’estimé initialement, essentiellement répartis entre le secteur privé et les postes de fonctionnaires), et de septembre (51 000 emplois de plus, tous dans le secteur privé), ce qui souligne la résistance d’une économie pourtant touchée par les ouragans. Le marché du travail s’est tendu encore un peu plus, avec une diminution du taux de chômage à 4.1%.

Des avancées sérieuses ont eu lieu sur la réforme fiscale voulue par M. Trump et il n’est plus impossible que celle-ci soit adoptée avant la fin de l’année. Il faudra en distinguer les contours et particulièrement les propositions de réduire la déductibilité des intérêts pour les entreprises. Ceci pourrait modifier la perception de cette réforme qui logiquement ajouterait quelques 0.2 à 0.4% de croissance et une amélioration des bénéfices des entreprises mais pourrait impacter les programmes de rachats d’actions qui furent un des moteurs de ces améliorations bénéficiaires des deux dernières années.

Le risque de récession après un tel cycle de croissance ininterrompue reste écarté mais un ralentissement de l’activité est anticipé pour l’année 2019.

Les publications de résultats des entreprises américaines sont une fois de plus positives avec 79% des entreprises dépassant les attentes sur leurs bénéfices par action (EPS) et 64% au niveau du chiffre d’affaires. De plus, les EPS attendus en hausse, sur un an, de 5,4% avant le début de la saison devraient afficher un taux de croissance proche de 6,2% et proche de 4,6% pour le chiffre d’affaires contre 4,3% attendu. La hausse du dollar profite, au moins comptablement, aux entreprises exportatrices. Mais, les entreprises américaines doivent faire face à un marché domestique « très concurrentiel », un terme souvent usité par les chefs d’entreprises constatant que de nombreuses entreprises ne peuvent relever leurs prix de vente alors que les plans d’économie atteignent leurs limites.

Zone Euro :

Le PIB de la zone euro a progressé de 0.6% sur le troisième trimestre 2017, avec une dynamique commune à tous les pays : +0.8% en Allemagne et en Espagne, +0.5% en France et en Italie. L’indice PMI composite préliminaire de novembre s’est inscrit en forte hausse, pour atteindre 57.5 contre 56.0 en octobre, l’indice du secteur manufacturier passant de 58.5 à 60 et celui des services de 55.0 à 56.2, pour se rapprocher des niveaux du printemps dernier. Dans le même temps, l’indicateur de confiance des ménages s’est encore amélioré, pour s’établir à 0.1 – un plus haut de 17 ans.

Le crédit se maintient avec toujours une bonne tenue des investissements des entreprises qui profitent de l’effet d’aubaine de taux très attractifs. Nous revenons sur nos propos du mois dernier sur le risque que cet argent facile génère des investissements qui ne s’avèreraient pas dans le futur suffisamment rentables.

La consommation devrait bien se tenir non pas portée par la hausse des salaires mais par le sentiment de confiance existant et la croissance de la masse salariale suite aux emplois créés.

La confiance des ménages dans la zone euro a atteint en novembre son niveau le plus élevé depuis le début 2001, signe que l’accélération de la croissance économique observée cette année dans l’union monétaire a de bonnes chances de se poursuivre en 2018. La Commission européenne a annoncé mercredi que son indice de confiance des ménages s’était hissé à 0,1 ce mois-ci, contre -1,1 en octobre.

En Allemagne, le Conseil Economique allemand, revoit en hausse ses prévisions de croissance. Le PIB de l’année en cours est ainsi révisé de 1.4% à 2% et pour 2018 de 1.6% à 2.2%. Mais ils estiment que les capacités de production sont actuellement en surcharge, ce qui pourrait entrainer une nouvelle phase de ralentissement. Ils recommandent donc au gouvernement d’investir dans les infrastructures et de baisser les impôts afin de relancer la demande interne et d’être moins dépendants des exportations. Cela marque un vrai tournant dans les recommandations du comité des sages qui va dans le sens des demandes de redistribution des autres pays européens. En fin de mois, alors que la coalition « Jamaïque » formée au départ par Mme Merkel ne pouvait trouver de terrain d’entente et afin d’éviter de nouvelles élections, la Chancelière s’est rapprochée des sociaux-démocrates de Martin Schulz.

Japon :

Le PIB japonais a été nettement revenu à la hausse lors de sa troisième estimation ce matin. Suite à une révision haussière de l’investissement, le rythme trimestriel a été multiplié par deux, portant ainsi la croissance en rythme annuel à +2,1% au T3-17 (vs +1,6% précédemment). Toutefois, cette révision est surtout d’ordre statistique, alors que l’ensemble de la trajectoire de l’investissement (et donc du PIB) a été révisée, avec un peu moins en 2016 et un peu plus en 2017. Pour autant, ces nouveaux chiffres questionnent encore un peu plus la faiblesse de l’inflation constatée au Japon, au regard de la bonne performance de l’activité cette année. Ces

éléments retarderont la Banque du Japon dans la sortie de sa politique monétaire ultra-accommodante.

Sur les marchés émergents,

La vigueur du rebond s’essouffle chez les émergents, après le creux conjoncturel de 2015-

16 qui fut suivi d’une embellie de plusieurs trimestres et a permis à plusieurs pays de

sortir de récession (notamment la Russie et le Brésil). Si les indicateurs avancés restent de bonne facture, l’indice de bonnes surprises économiques établi par la Citi décroît depuis fin octobre.

Brésil :

Plus de nervosité sur le marché brésilien où les propos tenus par le Président sur la réforme des retraites semblent retarder sa mise en application. De plus, le départ du parti PSDB de la coalition gouvernementale a inquiété les marchés. Sur le front économique, les chiffres publiés

ont été mitigés la production industrielle et les PMI étaient en-dessous des attentes

Corée du Sud :

En novembre, après un plus haut du marché actions , l’indice PMI manufacturier pour octobre a reculé à 50,2 et la production industrielle a ralenti. Les exportations pour la même période ont nettement décéléré (+7,1% vs +35% en septembre), pesant ainsi sur l’excédent commercial du pays qui a quasiment été divisé par deux (7327m$ en octobre vs 13750m$ en septembre). La fin du mois a par ailleurs été marquée par un relèvement des taux directeurs de la Banque centrale , de 1,25% à 1,50%. La devise s’est appréciée pesant sur les exportatrices.

Le tout avec de nouvelles tensions avec la Corée du Nord et un nouveau tir de missile.

Inde :

Net ralentissement des indicateurs macroéconomiques, la production industrielle pour septembre a décéléré, passant à +3,8% (vs +4,3% en août), le PMI manufacturier a reculé pour atteindre 50,3 en octobre (vs 51,2 en septembre) et les exportations, ont significativement décru (-1,1% en octobre vs 25,7% en septembre), creusant un peu plus le déficit commercial du pays (-14018m$ en octobre vs -8984m$ en septembre). Inversement, l’indice PMI des services a grimpé à 51,7 en octobre (vs 50,7 en septembre) et le PIB T3, ressorti en croissance de 6,3%.

Chine :

Le commerce extérieur chinois s’est redressé en novembre avec un rebond des exportations soit +10.3% après +6.1% et des importations stables à +15.6% contre 15.9%. La balance commerciale reste excédentaire à 263.60 trillons de Yuans.

Alors que le gouvernement met la pression aux entreprises pour qu’elles réduisent leur endettement, ces dernières ont trouvé un moyen rapide de contourner Pékin en émettant des

obligations perpétuelles. Celles-ci sont comptablement considérées comme des actions (puisque théoriquement elles n’arrivent jamais à perpétuité), mais elles sont en moyenne 20 centimes plus chères qu’une obligation à 5 ans

Les émissions en Chine de ce type d’obligations, représentent 65Mds$, soit 7 fois le total des Etats-Unis. Et les plus gros émetteurs sont les entreprises publiques (plus de 60% du total). Pour le moment le gouvernement n’a pas réagi à ces arrangements comptables qui, in fine, les rendent plus fragiles. Il est donc fort probable que les autorités auront à cœur de réglementer ce type d’actions pour en limiter les impacts.

Pas de pause pour les réserves de change chinoises, selon la Banque centrale chinoise et en raison d’une réglementation plus stricte et de l’appréciation du Yuan qui continue à décourager les sorties de capitaux, les réserves de change ont augmenté en octobre de 700 millions de dollars à 3109Mds$ contre une hausse de 17Mds$ en septembre et alors que les économistes prévoyaient une augmentation de seulement 9.5Mds$. Cette hausse constitue la neuvième hausse mensuelle consécutive (du jamais vu depuis juin 2014) ramenant les réserves de change à leur niveau le plus élevé depuis octobre 2016.

Le PMI manufacturier chinois de novembre s’affiche à 51.8, marquant une accélération par rapport au 51.6 du mois précédent et supérieur au 51.4 attendu. Ces bons chiffres sont portés par un niveau soutenu des investissements du gouvernement dans les infrastructures, un marché immobilier qui se tient bien et une croissance inattendue des exportations. Ce sont principalement les entreprises de technologie et de biens de consommation qui ont surpris positivement en novembre. La déception du mois d’octobre ne se confirme donc pas pour le

moment, reste à savoir si cela pourra se maintenir dans les mois qui viennent. Un sous-indice PMI sur les entreprises d’acier passe de 52.3 en octobre à 53.1 en novembre et celui de la

construction passe de 58.5 à 61.4 sur la même période. Le PMI services s’inscrit à 54.8 pour novembre vs 54.3 en octobre. La bonne tenue de cet indicateur est perçue comme une preuve de la réussite des autorités de passer d’une économie purement industrielle vers une économie de consommation.

L’action des autorités sur le marché du crédit a encore été défavorable au marché obligataire.

Le taux de croissance de l’économie chinoise devrait augmenter de 6.2 à 6.5% en 2018.

Afrique du Sud :

L’instabilité politique présente en Afrique du Sud (deux remaniements gouvernementaux en sept mois) pèse sur les marchés. Depuis la fin septembre, le rendement du 10 ans sud-africain a grimpé de 90 centimles alors que le Rand perdait de son côté 13% face au Dollar US. Les agences de notation ont dégradé la note souveraine du pays, ce qui était inévitable.