Informations économiques : du côté de l’inflation

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pascal Bernachon, Directeur de la gestion, Richelieu investment Funds (RIF)

Les économistes de l’OCDE ont actualisé leurs prévisions et voient la croissance mondiale accélérer à 3,5% cette année (après 3,0% en 2016) et progresser à 3,6% en 2018. L’organisation table désormais sur une croissance de 2,1% cette année et de 2,4% en 2018 aux Etats-Unis, contre respectivement 2,4% et 2,8% dans ses prévisions de mars. Elle a en revanche révisé en hausse ses prévisions pour la zone euro, où la croissance devrait s’établir à 1,8% en 2017 comme en 2018, contre 1,6% attendu auparavant sur les deux années.

Nous abondons totalement dans ce sens avec l’ analyse d’un confrère (Le Crédit Agricole) qui parle d’un cycle à maturation lente. Cet atypisme du cycle que nous avons souvent décrit, surtout comparé aux cycles traditionnels existants avant cette crise mondiale, crée inévitablement de l’incertitude et même de l’incompréhension. Trop d’acteurs se contentent de vouloir dupliquer les réflexes du passé.

Les rouages habituels de la reprise de l’investissement et la reprise de l’emploi s’avèrent plus lents que par le passé et surtout les salaires en raison de surcapacités encore existantes. Sans ignorer les freins structurels que nous décrivons à chaque fois: la démographie, l’ubérisation de l’économie, la robotisation et la part des services à faible qualification.

Reflation ? Sur l’aspect théorique, oui nous avons une reflation si nous considérons que la reprise même légère de l’inflation est par nature reflationniste, d’autant plus après une période dite de déflation.

Mais ceci ne sous-entend pas pour autant une franche reprise inflationniste. Nous avons écrit de nombreuses fois sur les effets structurels qui freinent, selon nous, une hausse forte des prix. La prédominance des services dans la composition du PIB n’offre pas de grand Pricing Power aux entreprises de services car elles sont moins des monopoles ou des oligopoles et se trouvent par nature confrontées à une concurrence naturelle, que celle-ci soit domestique ou internationale. De nombreuses activités de services utilisent un personnel peu qualifié donc subissent moins de pression salariale.

Nous avons pu constater aux Etats-Unis une moindre progression des salaires au cours des derniers mois en dépit d’un marché de plein emploi. Donc hors les influences des prix de l’énergie et de l’alimentaire, c’est bien les salaires qu’il faut scruter régulièrement pour envisager un retour de l’inflation durablement installée et atteindre l’objectif fixé par la FED comme par la B.C.E soit 2%.

Ce doute d’un retour durable de la hausse des prix a du reste poussé de nombreux intervenants d’organismes internationaux comme le F.M.I à demander que les politiques monétaires des banques centrales ne soient plus rigoureusement déterminées par le niveau d’inflation, ou sinon de revoir cet objectif… à la baisse.

La Réserve Fédérale garde un discours attentiste mais pense que l’inflation sera appelée à progresser dans les mois à venir. Nous surveillons attentivement l’évolution des salaires et la capacité des entreprises de remonter leurs prix de vente.

Aux U.S.A, l’inflation a encore reculé pour atteindre 1.9% (totale) et 1.7% (sous-jacente).

Au japon, l’inflation a légèrement accéléré au cours du mois de mai à 0,4%, après +0,1% en janvier, +0,2% en février et mars et +0,3% en avril.

L’inflation remonte un peu en Chine avec un CPI à 1.5% au mois de mai vs 1.2% en avril, mais reste à un niveau modéré. Le PPI ressort quant à lui à 5.5% soit largement moins que le +6.4% d’avril, reflétant la baisse du prix des matières premières et les mesures mises en place pour maîtriser les prix de l’immobilier. Les prix de l’alimentaire sont en baisse de 1.6% vs -3.5% en avril.

C’est donc au Royaume-Uni que l’ inflation a bondi de manière inattendue en mai pour atteindre son rythme le plus élevé depuis près de quatre ans. Les prix à la consommation ont augmenté de 2,9% sur un an. Hors énergie et éléments volatils tels que l’alimentation, l’inflation a été de 2,6% sur un an en mai.

Salaires, capacité des entreprises de répercuter la hausse des prix dans les prix de vente, taux d’utilisation des capacités industrielles sont donc les facteurs à surveiller pour l’évolution future de l’inflation. Elle est appelée en toute logique à progresser mais sera encore confrontée à des freins structurels, comme évoqué.