God Bless America

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David Delsoneux, Directeur de la Gestion Financière et de la Distribution

Après une campagne électorale épouvantable, l’Amérique se réveille aujourd’hui avec un nouveau président : Donald Trump. Un candidat dont la victoire apparaissait, il y a encore quelque temps, aussi improbable que celle du Brexit en juin.

Tellement focalisés sur les provocations électorales de Donald Trump, peu d’investisseurs avaient misé sur sa victoire. Rare étant ceux qui avaient pris le temps de décrypter en détail son programme économique.

C’est maintenant chose faite. Contrairement au Brexit, qui représente un saut dans l’inconnu, le programme de M. Trump a le mérite d’être clair. Il s’inspire des années Reagan. Ses principaux axes économiques sont les suivants :

  • baisse des impôts sur les sociétés,
  • dépenses d’infrastructures,
  • relance de l’industrie énergétique américaine,
  • renégociation des traités économiques internationaux de libre-échange.

Ce programme économique du nouvel élu républicain s’éloigne des programmes de l’administration Obama et provoque un changement important dans les anticipations des investisseurs. En quelques jours, le marché des actions a atteint un nouveau record et le marché des emprunts d’Etat anticipe une remontée des taux liée au retour de l’inflation.

A croire que les investisseurs trouvent que l’idée d’une relance par des dépenses d’infrastructures, la dénonciation des accords de libre-échange internationaux (donc une montée du protectionnisme) et l’utilisation d’énergies fossiles polluantes seront des éléments positifs pour les économies américaine et mondiale. En fait, cette victoire de Donald Trump symbolise aux yeux des investisseurs la n des politiques d’austérité, la relance par l’investissement et le retour de l’inflation tant souhaitée par les banquiers centraux.

En effet, en relançant les dépenses par de l’endettement, en mettant en place des barrières douanières sur les importations, le programme économique du futur président vise à retrouver un taux de croissance du produit intérieur brut de l’ordre de 4%, contre 1,6% actuellement. Dans le contexte de plein emploi actuel, cette politique de relance économique par un recours à l’endettement massif pour financer les dépenses d’infrastructures entraînera une hausse des taux d’intérêt, donc une hausse du dollar et un risque de relancer l’inflation. Faut-il pour autant s’emballer et réinvestir massivement ?

Tout d’abord, si le nouveau président a la chance d’avoir un Sénat et une Chambre des représentants républicains, rien ne dit que ces membres, qui avaient refusé sous la présidence de M. Obama de voter pour un accroissement des dépenses budgétaires de l’Etat, soient aujourd’hui plus enclins à le faire.

Ensuite, le programme est vaste, et les choses sérieuses commencent. Outre les nominations ministérielles à venir, quel sera le planning des réformes, qui en aura la charge, comment seront-elles financées? Le diable se cache souvent dans les détails.

Autre point, les dépenses d’infrastructures : si elles avaient le pouvoir de relancer l’économie, la France et le Japon seraient probablement en tête des classements des pays à plus forte croissance. La seule certitude est que ces dépenses ne sont pas financées à ce jour et pourraient relancer l’inflation.

L’inflation, si elle est nécessaire a minima pour éviter de tomber dans une spirale déflationniste, devrait rester modérée. Ceci en raison d’une déflation constante des prix dans le secteur des hautes technologies, de l’uberisation généralisée de l’économie et d’un coût des matières premières énergétiques, qui devrait rester faible en raison… de la politique énergétique de Donald Trump. Ce dernier, en relançant la production américaine de produits pétroliers, va maintenir la pression sur les cours des matières premières.

La Réserve fédérale américaine, qui est sur le point d’augmenter ses taux d’intérêts, doit aujourd’hui prendre la mesure de cette future politique économique. Elle aura donc à adapter sa politique monétaire; et comme nous le savons, les investisseurs sont très sensibles aux interventions des gouverneurs de la Fed.

Nous aurons dans les semaines à venir plus d’informations sur le contenu et la mise en œuvre du programme économique du nouveau président des Etats-Unis. En matière politique, rares sont les promesses tenues, et en matière de gouvernance économique, un magnat de l’immobilier sera-t-il pire ou meilleur que ses prédécesseurs, qu’ils fussent dans une vie antérieure acteur, pasteur, médecin ou encore vendeur de cacahuètes. Il est trop tôt pour en juger ! God bless America.