Face aux changements empiriques, autant choisir l’indice du bonheur

Les changements que nous évoquons depuis plusieurs mois ont bouleversé la lecture historique de la croissance économique. Digitalisation, facteurs démographiques, peu de marge de manœuvre keynésienne en raison des niveaux d’endettement, absence de révolution industrielle et progression régulière des activités de services sont autant de raison de rester dans une croissance molle pour quelques années. Nous ne reviendrons pas sur les concepts philosophiques et sociétaux plus propres à une dissertation philosophique qu’une approche économique même si les deux se confondent inévitablement.

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Pascal Bernachon, stratégiste chez KBL Richelieu

Si de nombreux évènements attirent notre curiosité, deux auront retenu notre attention en ce mois de mai.

D’une part, l’OCDE milite pour une réflexion approfondie sur la décroissance régulière des gains de productivité dans la plupart des pays et d’autre part, le F.M.I. interpelle les gouvernants sur les effets néfastes du libéralisme.

Il va donc y avoir un groupe de travail pour analyser les raisons de la baisse récurrente de la productivité considérant que celle-ci est un des éléments essentiels de la croissance. Sans avoir la prétention de donner des réponses alors que les travaux n’ont pas commencé, certains facteurs évoqués ci-dessus ont inévitablement une influence négative sur celle-ci.

La baisse de la productivité résulte déjà de l’augmentation régulière des services dans la composition du PIB. En effet, il est par nature plus difficile à la fois de la voir s’améliorer dans ces activités alors que cela reste possible dans l’industrie (robotisation) et surtout ils sont par nature moins quantifiables. La digitalisation, certes, influe parfois positivement non seulement sur le coût mais aussi sur la rapidité à laquelle vous allez accéder à ce service. Ce gain de temps ne rentre pas en ligne de compte dans le calcul de la productivité.

La productivité s’appuie sur les points suivants :

  • L’innovation.
  • Le niveau élevé des investissements des entreprises.
  • Le niveau de qualification (formation) de la population active.
  • Le poids élevé de l’industrie.
  • La flexibilité et le niveau élevé de concurrence.

Ces 5 facteurs expliquent à eux seuls les raisons les plus évidentes de la baisse de la productivité. Certains peuvent être provisoires, d’autres appellent des décisions d’envergure comme le niveau de qualification et de formation. L’investissement des entreprises ne pouvant résulter que d’une croissance plus forte donc d’une demande future en hausse. Nous pouvons donc supposer que si nous jugeons la croissance durablement installée sous son potentiel passé, les gains de production n’ont pas de moteurs suffisants pour retrouver leurs niveaux d’antan.

Si, l’Espagne est un contre-exemple récent, ses gains sont les effets des baisses de salaires permettant d’assister à une ré-industrialisation de ce pays.

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Evolution de la productivité hors agriculture aux USA sur 20 ans.

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Le second évènement qui nous a interpellé au cours de ce mois est la critique faite par les économistes du F.M.I sur le libéralisme. Soyons plus précis ; la critique est plus axée sur le « Néolibéralisme ».

Fondée, cette réflexion n’en est pas moins étonnante de la part de cette institution qui a été l’un des moteurs du libre- échange et des plans d’austérité. La constatation est certes viable puisque les inégalités se sont accrues au cours des dernières années. Au même titre que la libéralisation de circulation des capitaux amplifie les crises financières et provoque de violents à-coups. Certains analysent la publication de ce texte comme un mea culpa et une pierre offerte à l’édifice des altermondialistes.

Le libéralisme n’est pas exempt d’erreurs a et s’il a créé des inégalités, la globalisation du monde a permis à des millions d’individus de sortir de la misère.

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Il reste le seul modèle par défaut face aux échecs des autres (cf le Venezuela). Il se doit juste de trouver le juste milieu en corrigeant ses excès. Sachant que comme en Bourse, les excès d’un jour sont souvent corrigés par des excès inverses avant de toucher le juste équilibre. Libéralisme qui a été inventé en France au tout début du 19eme siècle mais ne s’est jamais appliqué dans notre pays. Pourtant la devise française serait à même de nous donner la réponse parfaite = Liberté, Egalité & Fraternité.

  1. Liberté d’entreprendre
  2. Egalité des chances
  3. Fraternité vers les plus démunis.

Mais en attendant, tel le marché boursier, que la philosophie libérale trouve son équilibre, pourrions-nous suggérer un autre calcul ?

Le Bonheur National Brut.

Suivant l’exemple d’un des plus petits Etats du monde « Le Bhoutan » qui a instauré un autre calcul de la croissance : le Bonheur National Brut. Créé en 1972, cet indice a pour vocation de lier le PIB au développement humain, il a été amélioré dans ses composantes par Med Jones en intégrant les valeurs suivantes :

  • L’économique
  • L’environnement
  • La santé physique
  • La santé mentale
  • Le bien-être au travail
  • Le bien-être social
  • La santé politique.

In fine, ceci nous rappelle modestement ce que nous écrivions au lendemain de la crise de 2008 en décrivant les perversités du libéralisme économique nées d’une ultra financiarisation de l’économie : « le libéralisme ne peut se survivre à lui-même qu’en réintégrant la valeur de l’homme dans son concept » (à commencer par la valeur travail). Il est vrai que cela implique aussi que l’individu accepte aussi de se prendre en charge dans cette quête et ne se repose pas entièrement sur les décisions des politiques qui , avouons-le, sont un peu perdus et n’arrivent pas à reprendre la main. Preuve en est des avancées populistes.