DO DO DOL DOLLAR


Edito de Pascal Bernachon, directeur de la gestion KBL Richelieu Gestion sur la valeur instable du dollar. 

Deux discours contradictoires à 24 h d’intervalle, le Secrétaire au Trésor américain se félicitait d’un dollar affaibli redonnant de la compétitivité aux « Made in U.S.A », repris dans les heures qui suivaient par le Président Trump qui vantait un dollar fort. Il est vrai que son choix correspond plus à son slogan de campagne électorale « Make America Great Again ».

«Evidemment, un dollar plus faible est bon pour nous en termes de commerce extérieur et d’opportunités», a déclaré Steven Mnuchin. La valeur de la devise à court terme «n’est pas du tout pour nous un sujet d’inquiétude».

Nous pouvons comprendre le discours de son Ministre car un dollar affaibli pourrait effectivement favoriser l’industrie américaine, particulièrement au moment où la réforme fiscale peut justifier de leur part la relocalisation de leurs productions. D’autant plus si l’administration poursuit sa volonté d’augmenter les barrières douanières comme cela fut décidé sur les Eoliennes ou certains électroménagers importés. Car sans taxes ou autres barrières à l’importation, force est de constater que le coût salarial hors des U.S.A (Mexique/certains pays asiatiques..) est bien plus avantageux.

La faiblesse du dollar a aussi des impacts négatifs, elle renchérit les produits importés et agit donc sur l’inflation, détériorant par conséquent le déficit de la balance commerciale.

De plus, si les Etats-Unis exportent des services et des biens à hauteur de 12.3% du PIB, ils importent ces mêmes biens et services à hauteur de 15.45% de ce PIB.

Par origine géographique, la Chine, le Japon, l’Allemagne, le Mexique et l’Irlande représentent les principaux déficits commerciaux des Etats-Unis.

Comme nous l’avions évoqué, sauf politique massive d’intervention comme dans les années 1980 pour défendre le franc, l’histoire nous montre que la rémunération à court terme d’une devise ne justifie pas à elle seule sa valeur. En conséquence, la devise américaine reste actuellement insensible à la politique monétaire de la Réserve Fédérale en dépit des anticipations de trois hausses de taux à venir en 2018.

Certes, l’Euro se raffermit mais la baisse du dollar, plus marquée contre notre devise européennes, s’affaiblit contre toutes devises.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’affaiblissement de la devise US :

  • Les Etats-Unis ont un déficit de la balance courante (La balance courante est le solde des flux monétaires d’un pays résultant des échanges internationaux de biens et services (balance commerciale, revenus et transferts courants). La zone euro est excédentaire.
  • La réforme fiscale implique un creusement du déficit budgétaire américain.
  • La tendance baissière du dollar sur une lecture purement chartiste mett un terme à sa période antérieure d’appréciation.

Mais la hausse de l’euro trouve aussi ses sources dans une amélioration du cycle économique de celle-ci avec une accélération récente de l’activité. De même que les investisseurs ont désormais

écarté le risque d’un éclatement de la monnaie unique par la perte d’influence des partis favorables à une sortie de l’euro. Ce qui est, à l’appui des sondages électoraux, le cas en Italie.

Un autre facteur qui pourrait influer négativement sur le dollar serait la montée en puissance progressive du Yuan chinois dans les réserves de change internationales. Ainsi, la B.C.E comme la Bundesbank ont annoncé élire cette monnaie comme telle depuis janvier. Actuellement, les réserves de change sont constituées à hauteur de 65% de la monnaie américaine, 17% pour l’euro puis se partagent entre le Yen et la Livre sterling, le franc suisse ne représentant qu’une part minoritaire.

Actuellement, les positions longues en euro sont au plus haut et il serait logique d’assister à une consolidation de cette parité pour revenir entre 1.18 et 1.20. Mais le niveau de 1.28 que nous avions déterminé en début d’année est un objectif crédible.

Certains évoquent le niveau de 1.34/1.40 à terme.

Il est évident que la vigueur de l’euro impactera négativement les résultats de certaines entreprises exportatrices, particulièrement celles qui produisent en euro et vendent une part significative sur la zone dollar. Ceci impliquera que la gestion active de nos investissements justifiera de sélectionner les entreprises non impactées par cette problématique de change ou le moins impactées car commercialisant et produisant en dollars (Airbus).