Dévaluation du yuan : la Chine signale un nouveau régime des changes

Au cours du mois d’août, la Banque populaire de Chine (BPC) a décidé de relever la parité centrale du taux de référence (le fixing) du yuan face au dollar de près de 4 %, ce qui équivaut à une dévaluation de sa monnaie face au billet vert. Cette décision inattendue a surpris et pesé sur les devises de la plupart des marchés émergents, ce qui par contagion a provoqué une tempête sur les marchés financiers. Comment doit-elle être interprétée ?

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David DESOLNEUX, Directeur de la gestion KBL RICHELIEU BANQUE PRIVEE

 

En premier lieu, force est de constater que les récentes sorties de capitaux de la Chine exerçaient des pressions sur le yuan et que cette dévaluation ne fait que refléter cette réalité. Par ailleurs, ces décisions ne prouvent pas nécessairement que Pékin s’apprête à mener une guerre des devises afin de soutenir des exportations en berne ces derniers temps. Au contraire, Pékin s’efforce toujours de faire du yuan une monnaie de réserve, ce qui exclut tout régime de flottement dirigé. Le fait de donner aux forces du marché l’occasion de déterminer le niveau auquel la devise se place par rapport aux autres monnaies de réserve, et donc principalement au dollar, est de toute évidence une condition préalable au statut de monnaie de réserve. Rappelons que le FMI a récemment confirmé son intention d’examiner, fin 2015, si le yuan doit ou non être intégré dans le panier des DTS (droits de tirage spéciaux) en compagnie du dollar, de l’euro, du yen et de la livre sterling plus tard en 2016. Il semble néanmoins que l’âge d’or du yuan soit terminé. Les sorties de capitaux actuelles plaident en faveur d’une devise moins forte, de même que le ralentissement de l’économie et la baisse potentiellement marquée des taux d’intérêt.

En outre, même les devises liées aux matières premières comme le dollar australien (AUD) ont perdu du terrain par rapport au billet vert suite à la décision de la Chine. Pour l’heure, le regain de volatilité pèse sur la plupart de ces devises émergentes et l’idée d’une guerre des changes commence à circuler en Asie. Le fait que plusieurs pays portent des titres de créance en USD par l’intermédiaire d’émissions souveraines ou d’obligations d’entreprises commence également à résonner comme une sonnette d’alarme. En règle générale, les pays affichant un déficit courant élevé sont également exposés.

En plus de la problématique chinoise, le Brésil victime lui aussi d’une récession aggravée par la chute des cours des matières premières (notamment celles exportées vers la Chine) a vu sa monnaie baisser de près de 30 % depuis le début de l’année contre le dollar.

Cette soudaine réaction en chaîne sur les parités de change des pays émergents aura des conséquences économiques importantes. Pour la Chine, alors que les autorités chinoises pouvaient espérer un regain de compétitivité pour ses exportations de plus en plus concurrencées par ses voisins asiatiques (Vietnam et Indonésie en tête), la chute de sa devise devrait au contraire avoir des effets néfastes sur l’économie. D’une part, ses concurrents directs profitent eux aussi de la dévaluation de leurs devises respectives. D’autre part, ces voisins sont aussi des fournisseurs de matières premières et des clients importants de la Chine. Le ralentissement de la croissance chinoise impacte directement le cours des matières premières et donc la croissance économique des pays producteurs. Les pays producteurs de matières représentent environ 30 % du PIB mondial et comptent aussi parmi les principaux clients de la Chine.

Pour les économies des pays occidentaux, la dévaluation généralisée des devises n’est pas non plus une très bonne nouvelle. Nos produits exportés vers les pays émergents sont victimes d’un renchérissement face aux productions locales.

Une fois de plus, les décisions des banques centrales sont au centre des fluctuations des marchés. La Fed, consciente de l’impact possible sur la croissance mondiale de ce ralentissement chinois, a choisi la prudence en laissant son taux directeur inchangé. Censées profiter à son économie les décisions de la Banque populaire de Chine se font ressentir jusqu’à la banque centrale américaine. Gageons qu’à l’avenir les gouverneurs de ces vénérables institutions communiquent préalablement un peu plus entre eux pour ne plus ébranler les monnaies et les marchés pendant l’été…