Des politiques monétaires mondiales attentistes

Après la déception qu’avait générée la B.C.E lors de sa réunion de décembre, les investisseurs étaient attentifs aux propos de M. Draghi. Lors de sa conférence de presse, il a clairement ouvert la porte à de nouvelles mesures d’assouplissement, probablement lors de la prochaine réunion, le 10 mars avec une nouvelle baisse du taux de dépôt et/ou nouvelle prolongation du Quantitative Easing.

La B.C.E n’est pas la Reserve Fédérale et le citoyen de la zone euro est bien moins sensible aux variations des marchés financiers et particulièrement aux actions, au regard de son faible taux de détention. La B.C.E n’a donc pas comme priorité une surveillance des excès générés par les marchés mais elle se doit d’en tenir compte si ceux-ci affectent directement ou indirectement la stabilité des prix et annihilent au moins partiellement les buts recherchés par sa politique monétaire. Or, il est indéniable que les tensions financières récentes ont impacté la transmission de la politique monétaire à l’économie. Nonobstant « la résilience de la zone euro face aux récents chocs économiques mondiaux » que le Président de la B.C.E a tenu à souligner.

Ce fut ensuite au tour de Mme Yellen de tenir sa réunion et de nous éclairer sur la politique monétaire de la FED au moment où les indicateurs économiques américains montrent un tassement de l’activité. Exercice difficile car les investisseurs commencent à douter de la crédibilité de l’institution. Sa conférence les a peu éclairés sur la fréquence de hausse de son taux d’intervention. En l’absence de pression inflationniste, l’environnement général ressemble fortement à celui qui régnait en juin/septembre. Epoque qui avait alors justifié que la FED passe son tour. En conséquence, les anticipations de hausse de taux se sont tassées et certains doutent que la prochaine soit effectuée au mois de mars. Nous pensons toujours que la FED a besoin de poursuivre ce mouvement ascendant afin de détenir assez de munitions au moment où le risque de récession sera plus probant, 2017 selon nous.

La Banque d’Angleterre qui avait conservé sa politique monétaire en l’état a toutes raisons de poursuivre dans ce sens. L’inflation est revenue en arrière, les tensions salariales constatées s’apaisent et le PIB a marqué une moindre croissance en fin d’année.

La surprise fut l’action de la Banque du Japon, attendue plus avant l’été. Elle a baissé son taux de dépôt à -0,1%. Par cette action, la Banque Centrale prend acte de la faiblesse durable de l’économie et de l’impact négatif de la remontée trop rapide du yen sur les perspectives d’inflation, une nouvelle fois révisées à la baisse lors de la mise à jour trimestrielle de ses prévisions. Cette baisse de la BOJ a inévitablement poussé le Yen à la baisse.

Nous avons donc un nouvel exemple des politiques monétaires opposées dans les grandes régions du monde avec leurs effets induits. Une hausse du taux de change effectif du dollar pèse sur l’économie américaine et influence la Réserve Fédérale. Elle a un effet accélérateur sur les sorties de capitaux des pays émergents avec les effets sur les taux de change et l’inflation importée.

C’est le cas pour certains émergents mais cela a des effets aussi sur les devises des pays du continent européen hors zone euro comme la Suisse, le Danemark et la Suède où leurs banques centrales doivent agir pour limiter la hausse de leurs devises.

Pascal Bernachon, stratégiste KBL Richelieu