Des données économiques mondiales solides, mais des marchés supris par les banques centrales

 

 

 

David DESOLNEUX, Directeur de la Gestion Financière et de la Distribution

Avec des données macroéconomiques solides sur l’ensemble des zones économiques, l’heure est à la remontée des taux d’intérêts. En l’espace de quelques semaines, la Réserve fédérale a réussi à préparer les marchés à un relèvement des taux en mars, mais s’est abstenue d’employer un langage belliciste. Elle a, au contraire, adopté un ton plus conciliant en laissant entendre qu’un cycle de taux agressifs ne serait pas l’issue la plus probable. En Europe, la Banque centrale européenne (BCE) n’a pas modifié sa position, mais pour la première fois le président Mario Draghi a souligné les perspectives positives et s’est dit moins préoccupé par le risque baissier. Plus tard, la BCE a suggéré que la suppression du taux de dépôt négatif avant une réduction supplémentaire de l’assouplissement quantitatif n’était pas impossible. Au final, tout cela s’est traduit par une réduction de l’écart entre les rendements obligataires des États-Unis et de l’Allemagne et par un léger raffermissement du cours croisé EUR/USD. Cela étant, les prochaines élections présidentielles limitent l’intérêt des investisseurs internationaux sur les actifs de la zone euro et empêchent ainsi une trop forte progression de l’euro.

De son côté, la Banque du Japon s’est contentée de laisser son positionnement actuel inchangé, conservant ainsi un taux du marché monétaire négatif et le même objectif de rendement des obligations d’État à 10 ans. Malgré cela, le yen s’est raffermi depuis le début de l’année, par rapport au dollar, et le Nikkei, a par conséquent, sous-performé en termes relatifs. La conséquence du repli du dollar est, pour l’heure, un raffermissement des actifs des marchés émergents.

 

ACTUALITÉS 

Les fondamentaux demeurent solides à l’échelle mondiale et la zone euro ne fait pas exception. Les prévisions consensuelles concernant la croissance du PIB en 2017 sont passées de 1,5 à 1,6 %, tandis que la BCE a elle aussi légèrement révisé à la hausse ses attentes en matière d’inflation pour 2017 et 2018. Les élections aux Pays- Bas n’ont pas donné lieu à une victoire écrasante des populistes, ce qui nourrit l’espoir d’une issue similaire dans notre pays. Cela dit, la situation géopolitique n’est jamais calme en Europe, avec un Royaume-Uni sur le point de déclencher son article 50, synonyme de sortie de l’Europe, et une Écosse qui envisage un nouveau référendum sur

L’économie américaine reste solide sur presque tous les fronts, comme en témoignent les chiffres de l’emploi. Cette situation résulte également de la hausse de 0,25 points des taux de la Fed. Toutefois, celle-ci n’a pas modifié ses perspectives de taux dans son communiqué, ni pour cette année ni pour la suivante. Le ton employé était plutôt conciliant et les marchés ont été soulagés. Au Japon, les investissements des entreprises ont agréablement surpris les observateurs, mais la consommation et l’inflation restent en retrait. En conséquence, la Banque Centrale du Japon n’a pas modifié sa politique accommodante. Enfin, la situation économique des marchés émergents s’améliore, elle aussi, et les données relatives aux échanges commerciaux progressent rapidement. La Chine a relevé ses taux en ligne avec la politique de la Fed et semble stabiliser sa croissance à un niveau satisfaisant. Avec une situation géopolitique et une inflation toujours préoccupantes, la Turquie semble être l’exception.

Les résultats boursiers du mois   dernier ont été mitigés, dans l’ensemble, avec une sur-performance de l’Europe et des marchés émergents. Cela étant, les positions de trésorerie relativement élevées des investisseurs et le manque d’alternatives significatives continuent, pour l’heure, de justifier une attitude positive à l’égard des actions. Les obligations n’ont pas pu maintenir les bonnes performances enregistrées en février face à la forte progression des rendements. La plus forte correction a été enregistrée par le prix du pétrole. Les positions spéculatives ont diminué face à l’ampleur des stocks, à la hausse significative des volumes de production de pétrole de schiste et aux doutes concernant le respect des quotas de production par l’OPEP et la Russie. Le cours du Brent a chuté de 10 %. L’or, en revanche, a réussi à effacer sa sous-performance en raison du repli du billet vert et du ton plus conciliant adopté par la FED.

Bien que la volatilité globale ait été faible depuis le début de l’année, les variations les plus fortes ont été observées parmi les devises. Depuis le début du mois, le dollar néo-zélandais, la couronne norvégienne (en raison du pétrole) et le dollar américain ont perdu plus de 4 %, 3 % et 2 % respectivement. Parallèlement, le peso mexicain a son indépendance a regagné le terrain perdu.a regagné le terrain perdu.

 

ACTIONS

 Si la saison de publication des résultats des entreprises a été excellente dans l’ensemble, son impact a commencé à diminuer, ces deux dernières semaines. Certains experts doutent que les niveaux de volatilité très faibles soient un signe de complaisance. Les niveaux de valorisation sont quelque peu élevés, surtout en ce qui concerne les États- Unis, mais le poids du secteur technologique explique en partie ce phénomène. Cela étant, le positionnement sectoriel devient de plus en plus extrême et pourrait commencer à plaider en faveur d’une approche plus défensive. Après tout, la situation macroéconomique est- elle encore susceptible de s’améliorer ?

Pour autant, le sentiment de confiance et les analyses techniques ne laissent entrevoir aucun effondrement imminent des marchés. Des prises de bénéfices pourraient intervenir à court terme, mais les données suggèrent que les sommets n’ont pas encore été atteints.

AUTRES

Les marchés des matières premières ont affiché des résultats plutôt mitigés le mois dernier, le pétrole chutant d’environ 10 % tandis que l’or faisait l’objet d’un revirement spectaculaire par rapport à ses précédents niveaux planchers.

Le pétrole a souffert face à la préoccupation des investisseurs spéculatifs concernant les niveaux de stocks toujours élevés, la hausse continue des volumes de production de pétrole de schiste et les doutes concernant le respect par l’OPEP et la Russie des quotas de production imposés. Bien que le pétrole ait reculé d’environ 10 %, nous restons suffisamment confiants et n’anticipons aucune perte supplémentaire significative.

L’or a réussi, en revanche, à effacer les pertes subies dans le sillage de la hausse des taux de la Réserve fédérale, celle-ci ayant adopté un ton plutôt conciliant. Le fait que le billet vert ait également perdu du terrain a manifestement été favorable.

 

TITRES OBLIGATAIRES 

Les marchés obligataires n’ont pas pu reproduire les performances relativement solides enregistrées en février. La principale raison est probablement le fait que la Réserve fédérale a préparé les marchés financiers à une hausse des taux en mars. Cela dit, le ton plutôt conciliant adopté par la suite a limité la hausse des rendements obligataires. Dans la mesure où la Fed n’a pas souligné le risque d’inflation galopante et où le prix du pétrole a fait l’objet d’une correction, les obligations indexées sur l’inflation ont perdu une partie de la sur-performance affichée en début d’année.

 

DEVISE

Pas de doute : les banques centrales et l’impact de leurs politiques sur les courbes de rendement et, par conséquent, sur les spreads des rendements obligataires ont été les principaux acteurs de l’orientation des devises. Face au ton plus conciliant que prévu adopté par la Réserve fédérale, par rapport à une BCE plus agressive, l’aiguille s’est déplacée sur les spreads des taux à court terme. Ces spreads de taux sur le marché monétaire ont reculé de quelque 20 pb, par rapport à leurs sommets. Le dollar s’est affaibli en conséquence. Avant de nous emporter, n’oublions pas que les prochaines élections françaises sont encore susceptibles de semer le désordre en Europe. Le léger repli du dollar signifie également le raffermissement de certaines monnaies émergentes face au billet vert.

Certaines victimes antérieures, comme le peso mexicain, ont réussi à recouvrer leurs pertes et ont bondi de plus de 3 %.