De la langueur d’un départ non préparé

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Pascal Bernachon, stratégiste chez KBL Richelieu 

La nouvelle « Dame de fer » britannique nous a informés que la mise en application de l’article 50 n’aura pas lieu avant la fin de l’année…au plus tôt. D’autre part, la commission européenne a nommé M. Barnier en tant qu’interlocuteur privilégié pour négocier l’après Brexit. Cependant, il ne sera nommé effectivement que courant octobre. Il apparait donc évident que ni Bruxelles ni Londres n’avaient envisagé ce résultat et donc ce saut dans l’inconnu.

Du reste, si le PIB du second trimestre du Royaume-Uni ressort favorablement, tout le monde s’accorde à un trou d’air récessif pour les mois à venir. Et la dernière publication des indices PMI abonde dans ce sens.

Après la décision britannique d’ouvrir les négociations, l’impact économique sera totalement dépendant de la durée nécessaire pour trouver des accords commerciaux avec l’ensemble des pays.

Tenter de quantifier les impacts à court et moyen/long terme nous semblent donc bien trop précoces à ce jour pour essayer de déterminer le pourcentage de PIB négatif que cela entraînera tant pour les pays européens commerçants avec l’Angleterre que pour l’exclue elle-même.

La seule constatation visible de ce Brexit est la baisse de la Livre sterling face à l’euro comme face au dollar. Ceci est précurseur d’inflation importée et ne facilite pas la tâche de la Banque d’Angleterre qui agira probablement le mois prochain.

EURO/£ivre Sterling depuis le 1er janvier.

Le regard sur le mois boursier Juil 16(source Bloomberg).

L’autre facteur immédiatement constatable est la position Allemande qui perd un allié dans la construction européenne.

Certes, nous avons entendu depuis des années la symbolique européenne à travers le célèbre couple franco-allemand. Solidifié par la réconciliation médiatisée du Général de Gaulle et du chancelier Adenauer. Mais notre voisin d’Outre-Rhin n’était pas mécontent de la présence du Royaume-Uni dont les positions libérales s’opposaient à la pensée « socialisante » de la France.

Force est de constater du reste que les deux leaders européens qui auraient dû réagir politiquement par des décisions fortes d’intégration restent muets en la matière.

Il faut avouer que Bruxelles est fatiguée des donneurs de leçons français qui avancent au pas de la tortue vers les réformes et qui ont in fine dupliqués dans l’hémicycle bruxellois la célèbre spécificité française d’une technocratie bureaucratique. Laquelle provoque inévitablement l’ire des peuples sur une pieuvre éloignée de leurs questionnements quotidiens.

Nous avions évoqué, il y a quelques mois, que le couple Franco-Allemand pourrait se déliter en faveur d’un couple nouveau Italo-Allemand. Ceci ne peut être écarté si M. Renzi réussit à asseoir son pouvoir après le référendum sur le Sénat de cet automne.

Notons que la sortie de la Grande Bretagne rendra l’Allemagne encore plus contributrice du budget européen et en conséquence augmentera d’autant son poids politique.

Ce sera donc plusieurs mois d’attente avant de connaitre le choix de sa Majesté sur les relations futures. Nous excluons totalement un accord à la Norvégienne qui impliquerait que Londres continue de financer l’Europe sans avoir un droit de vote.

Négociations difficiles pour déjouer l’envie d’autres pays de suivre le chemin du Royaume-Uni mais un peu de souplesse ne pourra être ignorée pour ne pas, non plus, créer un exclu qui perdrait trop de sa superbe alors que l’économie mondiale a un impératif besoin de croissance.

Traîner en langueur la négociation n’est pas non plus un avantage. L’incertitude sur la nature des accords futurs augmente d’autant les risques d’attentisme sur l’investissement des entreprises, sur les transactions immobilières.

Le regard sur le mois boursier Juil 16

 

Sans imaginer une volonté de punition du Royaume-Uni sur cette décision, il apparait aussi difficile d’imaginer que la libre circulation des capitaux et des marchandises restent en l’état comme si de rien n’était. Ceci traduira une perte d’attractivité de Londres donc des investissements et fragilisera d’autant une balance courante déjà déficitaire.

Le regard sur le mois boursier Juil 16

 

Londres a déjà réagi en évoquant une baisse significative de l’impôt sur les sociétés, un assouplissement de la réglementation financière pour contrer l’éventuelle perte du passeport européen afin de sauvegarder le poids de la City.

Il faut s’attendre aussi à une politique monétaire plus accommodante accompagnant la dépréciation de la devise à même de renforcer la compétitivité du pays. Encore que l’Angleterre exporte plus de services que de produits industriels.

Le regard sur le mois boursier Juil 16

 

Mais ceci, comme nous l’avons évoqué plus haut, aura des impacts sur les prix et se fera au détriment des ménages.

Le regard sur le mois boursier Juil 16

 

C’est donc en toute logique sur les impacts économiques que se penchent la majorité des commentateurs en évoquant des scénarii potentiels mais difficiles à affirmer avant même que l’article 50 soit activé. L’impact politique étant déjà primordial.

Il en résulte qu’il faut non pas plus d’Europe mais mieux d’Europe et l’opposition de vue entre Français et Allemand ne nous permet pas d’envisager des avancées optimistes. Reste à savoir si le Brexit n’ouvre pas la porte des recompositions géopolitiques à venir où la Russie montrerait une fois de plus son coup d’avance en devenant l’interlocuteur privilégié de nos amis allemands…..faute d’avancée chez nous.

Pour terminer, certains évoquent que la perte potentielle de poids du Royaume Uni pourrait bénéficier à d’autres pays. La lecture des fiscalités appliquées dans chaque membre de l’ U.E. peut nous ouvrir des voies et en exclure d’autres.

Le regard sur le mois boursier Juil 16

 

N’oublions pas non plus l’éventualité que l’Ecosse et l’ Irlande ont marqué une volonté de maintenir leur appartenance à l’Europe. Donc à suivre !