« Ceux qui aiment la paix doivent apprendre à s’organiser aussi efficacement que ceux qui aiment la guerre. » Martin Luther King (1929/1968)

Edito de Pascal Bernachon, directeur de la gestion, KBL Richelieu Gestion, à propos de l’impact des dernières décisions géopolitiques sur le cours du baril dans le monde.  

L’objectif de cours que nous nous étions fixé en début d’année sur le cours du baril de Brent a été atteint ce mois-ci, soit 75 dollars. Devons-nous réviser en hausse cet objectif et, par conséquent, son influence sur le cycle économique et bien entendu sur l’indice des prix ?

Certes, la variable géopolitique peut projeter les cours à des niveaux supérieurs mais il est nécessaire de comprendre avant tout les raisons de la progression récente.

Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte :

  • L’accord OPEP/Russie prouve son efficacité: une enquête menée par Reuters montre que la production de pétrole de l’OPEP est tombée au mois d’avril au plus bas sur les douze derniers mois. Le respect de l’accord signé entre le cartel et d’autres pays non membres dont la Russie sur une baisse de la production globale est parfaitement respecté et sera probablement reconduit. Leur production en avril a été inférieure de près de 600k/bpj à l’objectif de production implicite de l’Organisation de 32.73mds/bpj pour 2018. Ryad serait même ravi d’obtenir un cours du baril de 80 dollars pour satisfaire les projets de son jeune dirigeant de moderniser son pays et de donner à la croissance une moindre dépendance vis-à-vis de l’or noir. Il en est de même pour le Président Poutine qui, à l’aube de son dernier mandat, s’attachera à la modernisation de l’outil industriel de son pays après lui avoir redonné pleinement son rôle géopolitique.
  • L’aspect géopolitique avec l’Iran où les décisions possibles du Président Trump sur l’annulation de l’accord signé avec le Président Obama pourraient être assorties de nouvelles sanctions vis-à-vis de la production iranienne. L’Iran exporte à ce jour 2 millions de barils/jour.
  • Le Venezuela dont la production décroit, conséquence de goulots d’étranglement sur les raffineries capables de transformer son pétrole brut.
  • Baisse de la production en Angola
  • La bonne tenue de la croissance mondiale qui est un support de la demande que ce soit pour les besoins de transports mais surtout pour les activités industrielles, la pétrochimie.
  • Les absences d’investissements dans l’exploration/production même si nous assistons à une légère reprise de ceux-ci, force est de constater qu’un certain attentisme prédomine en la matière, ce qui peut être traduit par l’incertitude pour les acteurs du prix futur du baril.
  • Depuis 2017, les stocks américains sont orientés à la baisse. La poursuite de la croissance, le ralentissement des investissements dans le secteur après la baisse des prix ou encore la stratégie de limitation de l’offre de l’OPEP, alliée à la Russie, ont produit leurs effets.

 

Face à ces facteurs de hausse, nous devrions avoir inévitablement une hausse de la production et particulièrement celle émanant des États-Unis. Si effectivement, nous pouvons constater une hausse régulière des puits de Shale Oil en activité, il apparait que la qualité de ce pétrole extrait n’est pas assez satisfaisante pour être totalement exportable y compris pour l’industrie du transport. De plus, la montée en puissance de la production américaine reste confrontée à un déficit de capacité de raffinage aux États-Unis comme des possibilités de transfert sur des supers Tankers, faute d’accueil portuaire pour ce type de navires.

Il apparait donc que le risque le plus important permettant d’envisager une poursuite de la progression des cours est lié à la géopolitique et particulièrement au cas iranien.

L’éventuelle dénonciation des accords avec l’Iran le 12 mai résulte probablement du rapprochement de l’administration américaine avec l’Arabie Saoudite et des tensions existantes au Moyen-Orient où deux courants d’influence s’affrontent sous l’œil des superpuissances de l’après-guerre et qui voient inévitablement leur leadership contesté par de nouveaux acteurs. Si la Chine ne semble pas concernée par cette problématique Moyen-Orientale, ayant jeté une partie de sa volonté de puissance sur son propre continent et en partie l’Afrique (via l’économie), il y a bien trois forces en concurrence au Moyen-Orient soit l’Iran, la Turquie et l’Arabie Saoudite alors que les États-Unis chercheraient à se désengager partiellement de cette zone.

Proche des 72 dollars, le cours de l’or noir est conforme à sa moyenne sur 10 ans glissants. Avec un point bas de 40.96$ en janvier 2016 et un point haut de 134$ en juin 2008. Le cours actuel ne présente pas un risque sur l’activité globale tant d’un point de vue des importateurs que des exportateurs. Le cours de l’eurodollar sur cette même période est passé de 1.6038 à 1.23. (Soit un recul de 23%).

La problématique de la hausse des cours du pétrole se concentre plus sur deux facteurs essentiels :
– D’une part, sur le coût des entreprises et surtout de la capacité de répercuter cette hausse des coûts matières sur leurs prix de vente.
– D’autre part, sur la lecture de l’inflation globale où la hausse des cours influence l’indice des prix (le pouvoir d’achat des ménages si le revenu disponible ne suit pas) mais surtout la politique monétaire de la Réserve Fédérale en premier. En devenant plus restrictive, elle impacterait inévitablement la croissance future et le sentiment des investisseurs sur les actifs à risque. Ceci au moment où le pic de croissance a été atteint fin 2017.