BREXIT : le Royaume-Uni dit au revoir à l’Union Européenne

Les jours à venir seront assez inconfortables pour les marchés financiers qui vont devoir se ressaisir face aux conséquences de cette décision historique. Bien qu’il s’agisse d’un résultat binaire (oui ou non), les conséquences sont loin de l’être et seront – dans une certaine mesure – dépendantes de l’opinion. Le message doit en effet être interprété comme un vote qui nous dit « nous sommes légèrement en faveur de quitter ».

Les discussions sur les étapes suivantes ne commenceront qu’avec la nomination d’un nouveau premier ministre. Lui seul aura la possibilité d’appuyer sur le bouton pour invoquer l’article 50 du traité de Lisbonne (ce qui pourrait prendre des semaines ou des mois). Cela déclencherait alors formellement une période de négociations de deux ans préalable à la sortie de la Grande-Bretagne. A court terme, nous allons faire face à une situation politique incertaine au Royaume- Uni avec l’annonce de la démission de David Cameron, qui ouvre la voie à de nouvelles élections parlementaires au Royaume-Uni et la possibilité d’un nouveau référendum en Ecosse (qui a voté pour 62 % en faveur du maintien dans l’Union Européenne). En résumé, malgré le fait que le Royaume-Uni quittera l’Union Européenne dans au moins deux années, l’incertitude politique va continuer à empoisonner les marchés financiers britanniques et du reste de l’Europe. Nous serons donc suspendus à l’issue des négociations entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne, en clair, entre un mauvais divorce et un divorce à l’amiable (comme pour le modèle norvégien).

Une chose est acquise, ce seront des négociations difficiles qui devraient se formuler sur une base constructive étant donné que le vote sur le Brexit était démocratique et si on prend en compte les intérêts communs entre les deux partis, le Royaume-Uni et l’Union Européenne : 40 % des exportations du Royaume-Uni sont à destination des autres pays européens et 7 % des exportations d’Europe Continentale sont à destination du Royaume-Uni ; ce qui le positionne comme le second marché pour les exportations du reste de l’Europe.

Autre risque, les banques domiciliées au Royaume-Uni vont perdre leur passeport européen, ce qui limitera leur accès aux marchés européens. Plusieurs banques ont déjà communiqué leurs intentions de transférer des activités commerciales – et donc des emplois – vers le Continent. Ce résultat du vote arrive comme une surprise et les Banques Centrales ont indiqué vouloir réagir en cas de turbulences sur les marchés financiers. La Banque d’Angleterre (BoE) a d’ailleurs été la première à octroyer des liquidités aux banques. La Banque Centrale Européenne pourrait suivre, potentiellement à l’occasion d’actions concertées.

Etant donné la pression que cela va générer sur d’autres monnaies (par exemple, le franc suisse ou le yen), des Banques Centrales comme la Banque Nationale Suisse ou la Banque du Japon pourraient intervenir sur le marché des changes. A moyen terme, un nouvel assouplissement monétaire de la Banque d’Angleterre et de la Banque Centrale Européenne nous paraît très probable. En fonction de l’instabilité des marchés financiers, la Fed (Réserve Fédérale Américaine) pourrait repousser sa prochaine augmentation de taux. 

La décision des Britanniques de quitter l’Union Européenne va sérieusement impacter les perspectives de croissance du Royaume-Uni. Tenant compte des répercussions sur les investissements et les exportations, nous pensons qu’un impact négatif sur la croissance de la zone euro de l’ordre de – 0,2 % est envisageable pour 2016, ce qui devrait permettre de maintenir un niveau de croissance de l’ordre de 1,5 %. Compte tenu de l’incertitude, les conséquences devraient probablement être plus marquées en 2017. La livre Sterling a plongé à son plus bas niveau depuis 30 ans face au dollar, qui se renforce également vis-à-vis de l’euro, pour revenir dans une fourchette à 6 mois comprise entre 1 et 1,15 USD pour 1 euro. En réaction à la nouvelle, les marchés reculent fortement provoquant un nouveau « vendredi noir » sur les places boursières, entraînant un mouvement généralisé de baisse des taux sur les obligations d’état, le 10 ans allemand passant d’ailleurs en territoire négatif.

Notre allocation d’actifs, exprimant notre vision des marchés à moyen terme, reste équilibrée tant sur les marchés d’actions que sur les instruments de taux. Dans ce fort mouvement de correction, nous ne modifions pas nos allocations à ce stade. Nous nous sommes préparés à une telle issue – même s’il ne s’agissait pas de notre scénario privilégié – entre autres en réduisant l’exposition aux actions britanniques dès février ainsi qu’en renforçant la diversification des portefeuilles par un ajout d’actifs libellés en dollars US et autres instruments décorrélés.

Si, à court terme, le marché se recentre sur des placements plus sûrs, l’annonce d’une intervention des Banques Centrales ou toute autre avancée notable dans l’orientation que les pays européens souhaiteront donner à la Communauté Européenne provoquera, à moyen terme, un rattrapage des marchés actions. 

En tant qu’investisseurs, à l’aube de ces mouvements excessifs dans des marchés extrêmement volatils, nous sommes à la recherche d’opportunités sur les entreprises qui ne manqueront pas de se présenter. 

Maintenant que le sujet du Brexit s’est invité dans le paysage des marchés pour un peu plus longtemps que prévu, les investisseurs ne vont pas manquer de se focaliser sur les réactions des différentes Banques Centrales, les implications économiques et les développements politiques qu’induiront cet événement. Cela étant, nous ne devons pas oublier qu’indépendamment du contexte politique, les entreprises continuent d’innover et de se développer. Dès lors, les excès politiques que nous traversons ne peuvent que générer des opportunités pour les investisseurs. Alors même que nous ne voyons pas de raison de céder à la panique ni de changer notre positionnement à ce stade, nous restons attentifs aux opportunités de marchés qui pourraient se présenter.

Nos équipes sont plus que jamais mobilisées et vigilantes afin d’assurer leur mission de protection et de valorisation à long terme de votre patrimoine.

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Article rédigé par l’équipe de la gestion sous mandat KBL Richelieu