Bitcoin : La monnaie de la peur

Opinion de Pascal Bernachon, directeur de la gestion KBL Richelieu Gestion. 

Nous avons beaucoup hésité , ces derniers mois, à écrire sur ce sujet brûlant et déjà largement commenté mais la fréquence des appels auprès de notre société de relations nous demandant un avis éclairé nous pousse à prendre position.

Alors que le nombre de monnaies virtuelles ne fait qu’augmenter nous allons nous attacher à la plus célèbre « le Bitcoin » qui aura permis à certains spéculateurs de multiplier leurs gains avant que d’autres y perdent leurs mises.

La monnaie de la peur car ce Bitcoin a été créé au lendemain de la crise de 2008 consécutivement aux craintes diffusées par la presse sur une faillite du système bancaire. Défiance sur les banques, défiance sur les banques centrales savamment entretenue par les

Cassandre du désespoir ont donc facilité sa création.
Force est de saluer la réussite conceptuelle de celle-ci via la Blockchain et surtout en annonçant au départ quelle quantité de cette crypto-monnaie serait émise jusqu’en 2021.

Les afficionados de cette devise trouvaient, dans la volonté récente de certaines banques américaines d’offrir des tables de négociation, une reconnaissance officielle de ces dernières. Nous pensons plus cyniquement qu’elles ne voulaient surtout pas voir s’échapper de possibles commissions d’intermédiation.

Le Bitcoin est-il une monnaie ? Si on s’en tient à une définition basique de la monnaie comme l’ensemble des actifs que les individus utilisent régulièrement pour acheter des biens et services à d’autres individus, alors le Bitcoin permet effectivement d’effectuer des échanges de biens . Encore qu’au regard de sa volatilité dans une même séance, la valeur de règlement de l’achat à un instant T peut s’avérer éloignée du prix à payer, dans un sens comme dans l’autre.

Une monnaie, d’autant plus si elle est monnaie de réserve ou d’échanges internationaux, a besoin d’un minimum de stabilité.

Autre problématique, même si les devises ne sont plus attachées à une référence fixe depuis l’abandon de l’étalon or dans les années 1970, elles sont le reflet de fondamentaux économiques, des actions des banques centrales, de la garantie offerte par certains états et de leur crédibilité. Le Bitcoin ne répond à aucun de ces concepts.

Ses fluctuations ne sont que le reflet de l’offre et de la demande sur un actif limité et donc de la pure spéculation. Ceci étant bien sûr facilité par l’absence totale d’aversion au risque et d’une liquidité pléthorique en quête d’actif.

Enfin, l’absence totale de régulation justifie les mises en garde de certaines autorités , à commencer par l’A.M.F.

Ceci n’exclue en rien la possibilité que l’une de ces monnaies virtuelles subsiste à partir du moment où elle sera régulée, organisée et contrôlée. En attendant, alors que le monde se couvre d’un voile de pureté anti-corruption, sa non traçabilité des échanges fait le lit des commerces illégaux.

Sans exagération, les évolutions de prix du Bitcoin rappellent la bulle de la tulipe aux Pays-Bas et donc des risques inhérents.

Saluons néanmoins une forme de génie de son inventeur ; opportuniste et qui aura au moins prouvé l’incontournabilité de la Blockchain. Il suffit du reste qu’une entreprise annonce sa mise en application ou modifie son nom en l’intégrant pour s’envoler immédiatement sur la bourse américaine.

Pour notre part, nous nous rangeons du côté du sage d’Omaha , M. Warren Buffet qui ne pourrait envisager que de prendre des positions vendeuses sur cet actif si cela existait.